Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


whou whou, en hommage à Cannelle

"Whou whou, Je vais à la chasse à l'ours". Ainsi démarrait un chant scout quand j'étais gamin. Mais laissez-moi vous raconter une histoire, que vous êtes libre de croire ou pas mais donc on dit qu'elle est effectivement arrivée à la fin du siècle dernier (le 20è donc) :

Un jeune randonneur, hardi mais pas trop, accompagnait une tribu familiale pour une ballade avec bivouac dans les Pyrénées. Il servait de porteur pour la lourde logistique nécessaire pour faire camper des enfants âgés de 5 à 10 ans. Le soir venu, la tente fût montée, le repas pris et tout le monde couché.
Notre randonneur décida de dormir à la belle étoile car il y avait plus de place que dans la tente, il ne faisait pas froid et le ciel était clair. Comme il était hardi, il posa son sac de couchage sur une dalle rocheuse à même le pâturage. Mais comme il ne l'était pas trop, il se plaça non loin des tentes des autres randonneurs.

Le campement était situé à quelques dizaines de mètres d'une bergerie. Ces dernières sont assez nombreuses dans les estives pyrénéennes. Elles comportent une cabane pour le berger, un enclos pour rassembler les bêtes durant la nuit et un point d'eau généralement un tuyau alimenté par une source proche. Ainsi installé, il se mit à contempler la voûte céleste, particulièrement lumineuse ce soir-là. En effet, la lune était pleine ou quasiment, le temps sec, sans brume.

Au loin, l'aboiement d'un chien de berger chatouillait ses oreilles. Il se disait confortablement installé, fatigué de son portage et donc tout prêt à dormir. Pourtant, le sommeil ne venait pas. La faute à cette trop belle lune sans doute. Tout compte fait, dormir dans la tente aurait peut-être été plus efficace malgré la promiscuité. Il était trop tard pour aller réveiller les autres de toute manière. Et le chien qui n'arrête pas d'aboyer tout en bas. A moins... non ce n'est pas le même chien. L'aboiement est plus fort. C'est celui de la bergerie du dessus, c'est-à-dire la bergerie d'avant celle du campement. Intérieurement, le jeune randonneur n'arrivait pas à ralentir le rythme de ses pensées afin de trouver le sommeil. Il se dit: "c'est peut-être un ours qui rôde autour des parcs à moutons". Il avait eu cette pensée en riant intérieurement tant l'ours était dur à observer dans les Pyrénées. Chassé depuis des siècles, il en avait quasiment disparu. Seuls subsistaient quelques individus, moins de cinq. Ils vivaient donc essentiellement la nuit, fuyant les contacts avec les hommes.
Pourtant, cette pensée, qu'il croyait humoristique, n'arrivait pas à quitter notre jeune randonneur. Il faut dire qu'il avait entendu successivement deux chiens de deux bergeries pendant de longs moments à chaque fois: ils défendaient manifestement leur troupeau. Mais à présent, le calme était revenu. Peut-être allait-il enfin pouvoir s'endormir. Combien de temps s'était écoulé d'ailleurs. Deux heures ? Plus ? Longtemps en tout cas. La lune passa derrière une crête et rapidement, l'estive fut plongée dans l'obscurité. Allait-il enfin s'endormir ?
C'était sans compter sur le chien de la bergerie du campement qui montra à son tour des signes d'énervement. Il l'entendit aboyer de plus en plus. Puis courir à travers la prairie décrivant des cercles. Désormais, c'est notre bergerie qui était menacée par la force de l'ombre qui avait sévi plus tôt dans les autres situées en contrebas. Le jeune fut pris d'une petite sueur froide: "et si c'était vraiment un ours ?" Il dormait là, à même le sol, saucissonné dans son sac de couchage, sans même avoir pris soin de dormir en hauteur, sur un bloc rocheux. A la merci y compris d'un bête sanglier. Le chien continuait ses rondes inquiétantes, actives, bruyantes.
Soudain, un grognement sourd, fort, puissant se fît entendre. Dans l'esprit du jeune, il n'y eu plus de doute possible, un ours était tout prêt, sans doute moins de cinq cents mètres. Il entendit un galop de pas lourds, saccadés, avec le chien plus aux aboies que jamais. Il avait maintenant franchement peur et n'osait plus bouger. A peine essaya-t-il de pivoter légèrement la tête pour voir s'il apercevait quelque chose, sans faire de bruit. Mais il faisait trop sombre pour espérer voir quelque chose sans sortir vraiment de son sac de couchage.
Petit à petit, le chien se calma. Le jeune randonneur, lui, n'y arrivait plus. Il en était convaincu. L'ours était passé pas loin cette nuit. Si seulement il avait pu le voir, le doute n'aurait plus été permis. Car au petit matin, le berger prétendit n'avoir rien entendu. Toute cette histoire n'était-elle qu'un rêve ? Non, car il n'avait pas dormi, ça il en était sûr car il s'endormait à présent sur son petit déjeuner avant commencer à marcher. Une nouvelle journée débute, dans les Pyrénées.




En hommage à Cannelle ...

La Haute ô Route: le topo !

Alors c'est très simple puisque par définition, une autoroute, c'est tout droit ! La Haute ô Route n'échappe guère à cette règle, enfin presque...

1er jour :
 Suivre la queue au guichet du téléphérique d'Argentière. Si vous trouvez une connaissance 50 places devant, c'est le moment d'aller lui taper la causette :-p ; puis la queue au téléphérique. Une fois en haut (compter une heure au moins depuis l'arrêt de la voiture), souvenez-vous que vous ne restez pas sur la piste. Passez donc sous le cordeau et suivez à nouveau la foule : tout droit en bas (en évitant les crevasses quand même) sur le plateau du glacier d'Argentière.
Et là, faut faire super attention ! On contourne par la gauche - oui c'est pas tout à fait tout droit faites gaffe hein - et monter (tout droit) au col du Chardonnet. Autre méthode depuis le glacier d'Argentière : faire une statistique de fréquentation des randonneurs sur le bassin et prendre le plus fréquenté (faut être un peu plus joueur).
Au col, prévoir de quoi faire 30-40 m de rappel pour aller plus vite (30 m à 50° souvent goulotté par les passages). Rester sur la grosse trace qui serre à gauche en coutournant les contreforts du Chardonnet et de la petite Fourche. Puis gravir la fenêtre de Saleinaz. De là, se diriger (tout droit !) vers le refuge de Trient.


2ème jour :
Lever à 5h (comme tout les jours suivants). Bon ca tourne de nouveau un peu mais comme on est pas tout seul, ca descend bien. Attention, nouveau piège, il y a plusieurs variantes d'itinéraires sur la Haute Route depuis Trient. Veiller donc à ne pas suivre quelque randonneur au hasard... au risque de vous retrouver pendant deux jours à squatter des refuges non réservés à l'avance (les gardiens, à juste raison, n'aiment pas ça en général -> cf mon billet la buenaventura) et surtout avec quelques milliers de mètres de dénivelée positive supplémentaire à se coltiner. Bref, c'est vraiment pas une bonne idée le hasard :)

Une fois en bas à Champex en Suisse, il faut faire un transfert motorisé jusqu'à Bourg-Saint-Pierre. Plusieurs solutions, l'idéal est d'avoir vu à l'avance, au minimum avec le gardien du refuge de Trient la veille, quel transport. Soit par Bus, à déconseiller si la journée est annoncée douce à chaude dans le bulletin météo car cela fait partir de Bourg-Saint-Pierre à 12h environ soit tard et en plein cagnard ! Soit par taxi, c'est quasiment le même prix si on mutualise bien avec d'autres randonneurs.

Autre remarque utile: méfiez-vous quand vous appelez pour réserver les refuges avant de partir des réponses du type: "nous on est complet mais il y en a un autre pas loin". Méfiez-vous de ce "pas loin" qui veut plutôt dire en général "pas tout prêt quand même". Donc si vous avez de la place, dormez à Valsorey, sinon, dormez "pas loin" à la cabane du Vélan, fort sympathique au demeurant.



3ème jour: montez tout quoi ?
Bah oui, tout droit. Puis avec une rigueur militaire TOURNEEEZ DROITE ! (90°). Passez le col du plateau du couloir. Puis descendez toujours tout droit ou presque pour rejoindre la cabane de Chanrion (on vous laisse retrouver les quelques virages qui vont bien dans l'itinéraire pour ne pas sauter qui un sérac, qui une barre rocheuse :) ).

Juste après le virage à droite ...

4è jour : montez ... (je vous laisse compléter) jusqu'à la Pigne d'Arolla pour admirer la plus belle vue du parcours. Puis tourner à droite pour rejoindre la Cabane des Vignettes.

5è jour : laissez tomber cette règle stupide du tout droit (en espérant que vous l'avez fait bien avant sinon oh oh problème oops). En plus, il y a des autoroutes qui tournent aussi alors vraiment n'importe quoi pfff. Dans un clin d'œil au 1er jour, franchir de nouveau 3 cols pour rejoindre les contreforts du Cervin (impressionnant) puis Zermatt.

Comme la Suisse est un pays bien fait, vous pourrez prendre le train à Zermatt pour Visp. Correspondance pour Martigny. Correspondance pour Vallorcine-Le Châtelard. Correspondance pour Chamonix là où il fallait retourner. CQFD

A bientôt pour un topo encore plus mieux fait !

La Haute ô Route : la buenaventura !

Mais sans Youri. Parce qu'il a beau avoir écrit "Ne me quittes pas", il nous les brise un peu.
Donc voici le récit.

La Haute  Route, c'est une entreprise de long terme qui se réfléchit mûrement, se prépare à l'avance. C'est simple, le petit topo que j'ai acheté chez mon libraire doit faire 50 pages dont 20 consacrés à l'itinéraire que nous avons suivi. Autant dire qu'il était tellement précis que l'on pouvait lire "au troisième sapin, tourner à droite puis, continuer tout droit, jusqu'au sommet". A se demander si les GPS ne se sont pas mis aussi à écrire...
Bref, vendredi soir, je vois que la météo est belle pour la semaine. Cousin Jean (rien à voir avec Petit Jean car il est grand, ne boit pas de bière ou si peu) vient pour la semaine, c'est parfait. Samedi matin, j'achète chez mon libraire préféré (qui a toujours plein de topos de montagne) le topo de la haute route, j'appelle les refuges et tout va bien, ou pas. En fait, il en manque deux. Bon pour le 1er (c'est-à-dire celui du 2ème soir), il me dit d'aller chez son voisin d'en face "qui est pas loin". Et pour le second (le 3ème soir, vous suivez ?), il m'indique un bivouac "un peu plus loin"...

OK, tout va bien, c'est parti. Pour le détail de l'itinéraire, je vous renvoie au billet "la Haute ô Route: le topo". Bref le 1er jour, on manque à 200 m d'être dans le brouillard mais tout va bien, on a vu, et donc vaincu !
2ème jour, départ dans une brume épaisse, mais avec un peu d'erreur volontaire (pas pour se planter, c'est une méthode d'orientation les bananes, oui, oui, vous là, les lecteurs :-p). Puis on est en dessous et le soleil est de plus en plus généreux. La remontée au refuge suivant est la pire de la semaine : on a pourtant pas traîné pour éviter de se taper le cagnard mais la neige n'a pas regelé depuis plusieurs jours. Du coup, on monte dans un manteau pourri dans lequel il n'est pas rare d'enfoncer et planter les skis sur la longueur de nos jambes : physique, et grosse interrogation pour la suite. Bref, 2h30 de montée pour à peine 500 m de dénivelée. Le calvaire se termine heureusement pas trop tard: 13h30. On se remet donc au refuge en réalisant l'étape qui nous attend le lendemain. En fin de journée, le ciel s'est franchement couvert et il se met à neiger un poil !? Elle disait quoi déjà la météo avant de partir ? Le doute se renforce...

Le lendemain, 3ème jour, le ciel est couvert et on est dans le brouillard mais comme on commence par descendre, on sort du brouillard. La neige est heureusement moins pire que la veille même si encore un peu pourri. On remonte en face. Le plafond s'élève et se désagrège au fur et à mesure de notre montée. On passe donc le plateau du couloir dans un superbe soleil... qui ne dure pas. Le temps d'aller chausser en haut du glacier du Mont Durand, on a déjà de nouveau un peu de brouillard. On ne traîne pas pour rester orienté. Et on repasse en dessous. On est maintenant sûrs de ne plus faire demi-tour ou d'arrêter avant la fin ! Arrivée au refuge (cf billet le Topo.).
4ème et 5ème jours : enfin du grand beau stable et les journées se déroulent sans encombre.

L'arrivée sur Zermatt est même trop rapide : on aurait bien vu une journée plus chargée, et  puis on aurait bien fait un jour ou 2 de plus, c'est qu'on commençait à avoir la caisse. Bref, on retournera faire des raids, sans doute aussi en tentant autre chose : plus d'autonomie (refuges non gardés ou bivouacs ?), plus sauvages ? Peut-être..

Sensibilité pénale

Faisons un vœu. Qui, à part quelque patron du CAC40 ou assimilé, ne souhaite pas la suppression du bouclier fiscal. Prenons son inverse, son négatif le plus exact. L'opposé d'un bouclier est bien une arme. Appliquons-le toujours au domaine du pognon mais plus à la fiscalité puisque dixit notre président, "on ne peut imaginer prélever plus de 50% de ses revenus du travail à quelqu'un". Même si après soustraction, il demeure encore plus de cinq zéro au montant...

Soit. Appliquons donc ce principe au domaine de la justice. Pour un smicard, stationner sur un emplacement réservé aux handicapés coûte aujourd'hui une amende de 135 euros, comme pour Antoine Zaccharias (tout juste relaxé de n'avoir pas du tout abusé de son ex-société Vinci en touchant... pff on ne peut même plus compter). Pour le smicard, cette amende représente environ 10% de son revenu mensuel. Pour un grand patron donc, cela peut représenter 0,1% s'il touche 100 000 euros par mois voire 0,01% s'il touche un million chaque mois. Ce dernier peut donc se garer 365 jours par an n'importe où au mépris de toute règle du "vivre en société" c'est-à-dire vivre ensemble.

Voici ce que je propose à nos dirigeants politiques : imposer des contraventions pécunières non plus sur la base d'un montant fixe mais d'un proratat d'un salaire net imposable. Soyons lucides, cette mesure ne changerait pas du tout au tout le cours de la société à la manière d'un Robin des Bois législatif, mais au moins irait elle dans le sens de plus d'équité, valeur devise de la république française dont on a bien trop peu entendu parler dans le débat sur "l'identité nationale".

L'art du recyclage

A l'heure où le roi le président Sarko 1er préside la cérémonie posthume de la taxe carbone, parlons de nouveau un peu écologie. Après tout, bien que la droite parte de plus en plus à droite, en dépit ou à cause du résultat des élections, ce sujet était encore porteur il n'y a que quelques jours. Et plus précisément, intéressons-nous au sujet du recyclage.

L'écologie a aujourd'hui un poids politique, c'est indéniable même pour Xavier Bertrand ou Frédéric Lebfèvre, tous deux majors de leurs promotions respectives à l'ENSD (Ecole Normale Supérieure de Déni). Ceci dû à la prise de conscience collective croissante de l'importance du sujet. De ce fait, les plus réfractaires -les industriels- sont aussi ceux qui sont le plus poussés à montrer patte blanche auprès de l'opinion, quitte à la teindre ! En effet, ils perçoivent l'écologie comme une menace, un frein à leur sacro-sainte "compétitivité". Leur meilleure arme pour lutter: la communication. La belle langue de bois stalinienne se plait parfaitement dans certains rouages du capitalisme. Qui n'entend ni ne voit de nos jours des entreprises vanter leurs produits "éco-conçus" (à défaut d'être "éco-produits"), leurs plans verts pour changer les ampoules, mais garder les conditionnements plastiques individuels etc. et Jean passe (te fais pas écraser).

Pourtant, s'il y a bien un point sur lesquels les entreprises rechignent à imaginer des "éco-solutions". C'est bien le traitement des déchets induits par les produits qu'elles vendent, autrement dit, le recyclage.

De telle sorte que tout est renvoyé au niveau de normes européennes mais aussi de mise en place de tri sélectif par les collectivités locales, la responsabilité incombant à tout citoyen mais surtout pas aux "géniteurs" de ces produits. Pourtant, certains secteurs sont déjà responsabilisés sur ce point par la législation, ceux qui concernent des produits de consommation encombrants tels des véhicules ou du gros électroménager. Les garagistes sont tenus de s'occuper des vieux véhicules, les enseignes telles Darty ou Boulanger de récupérer votre vieux frigo à la livraison du nouveau.
Mais dès que les produits rapetissent, les lois qui les régissent aussi ! De telle sorte que chacun doit se débrouiller avec ses vieux écrans, ordinateurs, chaînes hifi, disques etc. Si chaque enseigne se voyait contrainte de consacrer une partie de sa surface commerciale au traitement des déchets de ses produits, je suis convaincu que ces entreprises trouveraient vite des solutions non seulement pour mieux recycler, mais aussi seraient plus responsables en amont sur le volume de déchet induit par leur production. En effet, quoi de moins vendeur qu'une grande poubelle dans une surface de vente ?
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