Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


La peur du vide

Il fait sombre, il y a du vent qui siffle. Je m'accroche à la paroi, ne doit plus être très loin du sommet. On a déjà monté au moins 300 m. Mais je sens moins bien mes muscles. je tétanise un peu, en train de charger mes pieds comme un fou pour qu'ils tiennent sur cette bête dalle toute lisse. Mes bras aussi sont à rude épreuve. En semi-traction, tout ce qu'il ne faut pas faire pour les garder frais. Mais je n'ai pas le choix. Si je les ferme, mes pieds n'adhèrent plus, si je les tends pour les reposer, j'ai le poids du corps avec mon gros sac qui m'attire irrémédiablement vers le vide alors que, comme ça, mon centre de gravité tient sur les pieds.

C'est dur. Il faut que j'arrive à traverser à droite vers ce dièdre. Cela fait un bon quart d'heure que je n'entends plus mon assureur. Il faut dire qu'il doit être bien 40 m plus bas, derrière un bombé. A-t-il aussi froid que moi ? Sûrement plus, lui ses muscles sont globalement au repos. Et le bruit de ce vent qui n'en finit pas. Quelle heure est-il pour qu'il fasse aussi sombre ? Je me sens mal. Où est passé le plaisir de grimper du début de la voie ? Cette ambiance m'opprime. La peur m'envahit. Qu'est-ce qu'on est loin du sol, on ne le voit plus depuis longtemps. Il y avait du brouillard avant que la nuit ne tombe ?

Le dièdre me semble de plus en plus inaccessible. Et il a l'air encore plus dur que ce pas dont je n'arrive pas à me sortir. Où est passé le dernier point que j'ai posé déjà ? Je ne le vois pas. Peut-être dix mètres plus bas. Putain 20 m de plomb. J'ai pas envie, j'ai envie de pleurer. Ca ne va pas le faire. Mes muscles se raidissent. Mes doigts se crispent sur ces gratons que je tiens depuis vingt bonnes minutes. Ils serrent de plus en plus fort jusqu'à... jusqu'à quoi ? Ma main droite serre, s'agrippe, elle tient une prise verticale. Elle est bonne ! Elle tient de plus en plus fort, tandis que le reste de mon corps se déséquilibre de plus en plus, je vais tomber, non. Ma main tient vraiment bien. Une très bonne prise, elle est toute douce et chaude. Bienveillante. Elle est en bois ! La paroi bascule, ce coup-ci je vais vraiment tomber, tout mes muscles se raidissent encore plus. Mais cette prise en bois, elle est travaillée. C'est de la menuiserie. Mais alors ? Je me réveille, je suis dans mon lit. Il me faut encore trente secondes avant que mon cerveau ne se rebranche correctement sur mon oreille interne. Pas de doute, je ne suis pas tombé. Tout va bien. Mais tout de même, c'est fatiguant de dormir.


Note: Inception, un film à voir.
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