Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


DSK, cas d'école de journaliste ?

J'ai, comme pas mal de gens (environ 12 millions), regarder DSK à la télé ce dimanche soir. Et lu dans la presse les réactions qui ont suivi. Voici les miennes avec en toile de fond un sentiment de malaise à l'issue de l'interview.

Rien dans les mots, qu'aurait-il pu dire d'autre ?
- Plus de contrition comme l'ont demandé les avocats de N. Diallo ? C'eût été affaiblir sa ligne de défense en suggérant qu'il avait quelque chose - malgré tout - à se reprocher.
- Plus de détails dans le déroulement des faits ? L'exercice aurait également eu sa part de dangers : nouveaux éléments à charge contredisant ces détails (une procédure civile est toujours en cours à New York); ou plus simplement un récit qui aurait naturellement alimenté en plus négatif son image déjà passablement écorné auprès de l'opinion publique. Il s'agissait pour lui de poser la première pierre de la reconstruction de son image, non de la détériorer encore un peu plus.

Toutefois, certains - Moscovici en tête - lui ont reproché d'avoir mentionné l'existence explicite du pacte avec Aubry. Et ont beau jeu d'attaquer à présent cette dernière en soulignant qu'elle avait menti sur cette question (Bourdin). Il me semble pourtant que le message est plus habile qu'il n'y paraît. Cela lui a permis de renforcer le caractère "vrai" de son interview, avec l'idée qu'il n'esquivait pas les sujets. Certes, Aubry peut se retrouver en position délicate mais elle pourra aussi objecter qu'elle ne pouvait pas en parler tant que l'autre partie concernée n'était pas en mesure de s'exprimer sur ce pacte. Et mettre en avant sa loyauté, pas tant vis-à-vis de Strauss-Kahn que comme trait de caractère, composante de sa personne. Ce dont Hollande et plus encore son lieutenant auront du mal à se prévaloir.

Reste donc que l'exercice était forcément voué à être calculé et paraître assez peu naturel. Au delà des mots, appris, répétés, soupesés, seul le langage corporel peut nous apprendre un peu plus de vérité sur l'homme. Daniel Schneidermann l'a bien compris sur Arrêt sur images, l'homme est avant tout combatif et peu porté sur les sentiments.
A titre personnel, je retiens le malaise que me donne la dernière image : un léger sourire et des yeux clos. Les deux explications que j'y voie me semblent toutes deux assez abjectes dans le contexte :
1- le remerciement d'un ami à Claire Chazal, posture affable qui vient rappeler toute la force de la farce dans la communication moderne.
2- le contentement d'un homme qui a réussi son oral de passage et affiche une assurance, forcément insolente au regard des regrets qu'il devrait avoir.

A ce titre, les autres réactions - de politiques ou de journalistes - me semblent aussi futiles que partiales, le seul objectif de chacun étant de tirer la couverture à soi.
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