Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


Meije regrimperai bien un peu de dessert moi

Il y a des lieux où la nature est belle, où les gens sont sympas, où tout le monde est heureux d'être là, de discuter ensemble et de partager un bon moment. Si tu ne veux pas grimper à la Meije, grimpe tout de même au refuge du Promontoire. La cuisine est aussi savoureuse que généreuse, avec ce supplément d'âme qui donne envie de rester... ou de revenir !

C'est ce que nous avons fait avec Damien. Venus une première fois en juillet, nous réalisons la voie des Marseillais et redescendons sous l'orage. Le lendemain, ce sera donc le but météo pour aller à la "PA" comme dit AC (non pas DC, ça y est je relance le concours du calembours pourri et je suis en forme !), la voie Allain/Leininger pour les autres. Il en faut plus pour nous démotiver mouhahah ! Nous revenons donc en ce début août avec un beau temps stable aussi affirmé que nos intentions.

Au menu, soupe de légumes moulinés maison puis émincés de poulet à la provençale (cumin, herbes de provence, tomates, oignons): ça fait kebab dit comme ça mais c'est vachement "chkro-bon". Ça change de la saucisse-lentilles du refuge du s... non j'l'ai pas dit, je ne parlerai qu'en présence de mon avocat sous la torture et l'exil contraint à ouvrir une pizzéria en Argentine ! Bref, on s'est dit que le guide rouge des refuges n'était pas encore sorti; et, pétris par l'appât du gain, on tenait là certainement un filon juteux (oui, ou goûtu puisqu'il faut tenir le quota de jeux de mots à la con). Bon à ce jeu-là, le Promontoire obtient évidemment les félicitations du jury, c'est l'apéro qui permet de passer au-delà de la mention Très Bien... merveilleuse connaissance de la clientèle que nous sommes !

Allez, fini les palabres, on n'est pas là pour enfiler des perles, z'avez qu'à y monter si vous voulez y goûter, vindieu (juste un doigt). Pour d'autres informations, consultez http://www.refugedupromontoire.com/


... réveil à 4 h. Pas assez dormi, stress de l'enjeu ou autre facteur de déconcentration, la question reste ouverte. On part sous une belle fin de nuit étoilée et sans coincer les rappels au crapaud. Nous n'étions pas la 10è cordée statistique et ça nous va bien comme ça. Damien attaque. Je prends la 2è longueur qui sort au fauteuil. Et merde je suis taquet, tirage de fou, pourquoi je me suis pas arrêté plus tôt ou n'ai fait de la corde tendue ? Nausée, fatigue. C'est pas vrai, ça ressemble encore à un MAM. Normal, j'ai juste passé 6 nuits en altitude ces 3 dernières semaines et je suis juste affûté comme jamais avec le passage du proba la semaine d'avant. Ce coup-ci c'est décidé, je vais consulter Cauchy quand je rentre. Bon il ne reste que 770 m d'escalade à grimper sur les 800 que compte la voie, ça va le faire... avec un petit Diamox quand même d'ici à ce que j'ai compris ce qui se passe.

Damien passe le fauteuil, je commence à respirer de nouveau. Il faudra atteindre la cheminée verte pour que les signes cliniques zarbi me fichent enfin la paix. De là, la course n'est plus que du bonheur et, à vrai dire, les images se passent de commentaires (comme d'habitude, elles sont ici). Alors, alors, il faut bien raconter la fin tout de même. On atteint le sommet vers 16h30, et le refuge de l'Aigle vers 21h45, dont on remercie là aussi très chaleureusement l'accueil tardif avec une soupe au goût de foie gras en ces circonstances de fin de journée un peu déshydratée, et affamée (mention spéciale dans le futur guide rouge).

Le lendemain, le jour se lève. Un ciel radieux. Le doigt de Dieu. Si les grecs ou les romains avaient eu un Dieu pour les alpinistes, mon petit doigt me dit qu'il aurait élu demeure autour de cette montagne (sans calembours cette fois).




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