Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


Seconde life

"En avant, marche". Ce coup-ci, on y est. La troupe s'avance sur la place d'armes. C'est notre cérémonie. Des regards s'échangent, complices mais tout le monde s'applique et se concentre et, pour une fois, ferme sa gueule, même X. C.. On arrive au centre, s'aligne. Je sens l'émotion me prendre: à peine croyable quand on sait que je chantait dans ma tête "We don't need no education" pour passer le temps durant les punitions collectives où nous devions faire des tours de caserne au pas cadencé, quelques mois plus tôt. J'ai toujours eu un caractère indépendant, on ne se refait pas.
Lors de la sortie de la promotion précédente,
la 8ème compagnie sur les rangs en avant-dernière position

Mais ce jour, c'est différent, tout va si vite alors que ça semblait parfois si long quand on était sur les rangs pour honorer d'autres promotions sortantes. Déjà, on se retrouve déployés en V devant les tribunes. Nos cadres nous "remettent nos galons" et nous laissent, symboliquement, autonomes. On se prépare pour le défilé final. Arrivés au niveau de la place d'armes, je dois me contenir, ne pas céder à l'émotion qui m'envahit, forte, comme une lame de fond. On cherche un peu sa famille du regard, mais pas trop pour garder l'alignement des têtes et rester concentrés sur le pas. Avant d'amorcer le virage de sortie, je cherche le regard de nos cadres avec un seul mot en tête: la gratitude. J'espère qu'ils sont fiers de nous comme l'honneur que j'éprouve, à cette seconde, d'avoir été à leurs ordres.
Et oui, famille et amis de longue date, je suis bien désormais militaire ce qui ne change en rien qui j'étais déjà, mais me donne, simplement, une richesse supplémentaire !

Cette journée du jeudi 20 juin passe à toute vitesse. A ce sujet, les curieux peuvent lire ou écouter (ici par exemple : http://www.youtube.com/watch?v=NDYIdBMLQR0) l'intarissable Etienne Klein sur la relativité du temps. Feu le module 211-212 s'était passionné pour ce sujet lors d'une certaine mise en quarantaine au CMP… à moins que je n'affabule légèrement ce qui n'est pourtant pas du tout mon genre :-p .

Le lendemain passe encore plus vite et nous voici au moment où le capitaine ordonne "rompez les rangs". Là, ce coup-ci, j'ai franchement du mal à contenir. Je crois ne pas être le seul d'ailleurs. C'est assez étrange. Faites vivre 100 personnes pendant 9 mois ensemble qui n'avaient, a priori, pas grand chose en commun. Elles s'apprivoiseront forcément. "On ne choisit pas ses parents, on ne choisit pas sa famille" dit la chanson. Je crois que c'est là que réside le sens de "la grande famille gendarmerie". On a plus d'affinités avec certaines personnes mais on veille un peu sur tout le monde quand même, y compris le cousin coincé ou la petite sœur gothique. Ce vendredi, j'ai donc eu l'impression de dire au revoir à une nouvelle famille. Comme toute famille ou bons amis, ce n'est pas la distance des années sans se voir qui définit la qualité de nos liens. C'est la capacité que l'on a à se revoir des années plus tard comme si l'on s'était quittés hier.

Vous allez me manquer… et je sais que dans le fond, ma guitare aussi va vous manquer !! ^^
Alors, avant de vous laisser, il faut que je vous dévoile un secret : pourquoi j'étais parfois… juste à l'heure aux rassemblements ! Et comme donc, ma guitare vous manque, je vais vous dévoiler ce secret en chanson. C'est inspiré de cette chanson-là : http://www.youtube.com/watch?v=whoYlcRF-u8. Vous savez c'est delachansond'unstylebizardqueseulbacotécoutequ'onappelleçadelavariétéfrançaiselesjeunes:).
Alors voici ma chanson. Ça s'appelle : "le treillis".

Et n'oubliez pas que c'est juste un peu d'humour, car cet uniforme va me manquer presque autant que vous et comme on dit, qui aime bien châtie bien :) . Merci à toutes et tous pour ces 9 neufs passés ensemble et n'oubliez pas : "L’homme n’a que deux vies : la première… et celle qui commence quand il s’aperçoit qu’il n’en a qu’une" (Confucius).

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