Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


23 juin - It's morning again in la Haute Savoie

"Ce matin, menace de grippe aviaire, trop de fachisme en Bavière ..." Tryo résonne tranquillement dans l'auto-radio. It's morning again in la Haute-Savoie*. Et puis, c'est mon anniversaire. Mais j'ai décidé de ne pas trop le fêter. L'envie de rester concentrer sur le probatoire de l'ENSA qui approche. La famille et les amis trop dispersés un peu partout aussi.
Non, aujourd'hui, je vais passer une bonne journée grimper dans ce merveilleux site des Gorges d'Ablon. Et comme il a déjà été un site d'examen, ça ne gâche rien. On s'est rencardé avec Vincent la veille pour 11h30 à l'église de Thorens-Glières et au petit matin, aperçus que ni lui ni moi n'avions le topo: il va faire le détour pour en acheter un et sera un peu en retard. Tant mieux, moi aussi j'avais quelques minutes de retard.

Bref, je suis en route, ni en retard ni en avance. Je viens de passer la Roche et de quitter la route d'Annecy peu après le col d'Evires. Je suis désormais sur la petite route des Chappes à quelques kilomètres de Thorens. Il est environ 11h40. Un virage assez serré à droite en légère descente. De la végétation qui obstrue la visibilité au-delà de 30 m. Un bruit de pétrolette. Une moto de 50 cm-cube. Elle est à la corde. J'ai à peine le temps de freiner sur 5 ou 10 m, de changer ma trajectoire de 20 à 30 cm. Il y a un fossé à droite. Je n'ai pas osé. Lui a pu se déporter de la largeur de ma voiture. Mon sang se glace. Je le prends de plein fouet, et mets encore quelques mètres à m'arrêter.

VITE ! Frein à main, je sors en courant, tremblant, jurant, téléphone à la main. Je cours, il est dans l'extérieur du virage. Quasiment en position latérale de sécurité. Il a déjà enlevé son casque; et il gémit, je lui bredouille 2 mots pour lui demander de garder cette position sans chercher à se relever, tout en composant le 18. Son pied est entaillé sur toute la longueur. Pas beau du tout. Les pompiers répondent. "Je viens de percuter un jeune motard en voiture en direction de Thorens-Glières, il est conscient mais sérieusement blessé au pied ...". J'ai du mal à nous localiser précisément. Un automobiliste s'arrête. Il prend mon téléphone, il sait où on est. Je retourne au près du blessé. Il a chaud, il veut enlever son pull. "Bouge pas mon grand" (ndlr: espèce de gros malin, merde !). Bon bah ok j'ai qu'à t'aider pour la dernière manche alors. Une nouvelle passante, à pied. Je l'avais doublé 5 minutes plus tôt sur la route avant l'accident. Elle est calme, concentrée, infirmière de bloc. Réconfort d'un premier secours sur place. Elle prend à son tour la communication avec les pompiers. Le premier camion est déjà parti, le SAMU aussi. On finit l'appel, raccroche.

On est désormais trois autour de la victime. On tâche de lui faire de l'ombre, notamment sur la plaie pour lui éviter de coaguler avant d'être nettoyée. L'infirmière voudrait des ciseaux pour couper la chaussette. Commencer à nettoyer la plaie. Un garde chasse s'arrête. Il a un gros couteau à cran d'arrêt. C'est dérisoire mais toujours ça.

Les pompiers arrivent enfin. Des minutes qui paraissent toujours interminables en ces circonstances même s'ils ont certainement mis moins de 10 minutes. Désormais, l'infirmière peut les aider avec du matériel. Ils mettent en place un champ stérile. Un deuxième camion arrive. Les renforts ferment la route des deux côtés. De nombreux secouristes sont désormais là. Je commence à me relâcher. La nausée monte mais je la contiens. Que va-t-il lui arriver ?

Le SAMU est là. Il l'examine sous toutes les coutures. Ça a l'air d'aller vraiment bien par rapport au choc subi. Le pied ne semble même pas fracturé. Je commence à observer la scène en grand angle. Sa moto est dans le bas-côté, selle arrachée sous l'impact. Ma voiture est défoncée : pare-choc, aile, phare, capot, pare-brise.

Les gendarmes sont là. Ils font les constatations et photos. Je les reverrai le lendemain pour les détails. Le blessé part dans l'ambulance. Peu à peu, la scène se vide de ses protagonistes et de son décors. La dépanneuse embarque ma voiture.

 Plus tard dans l'après-midi, la mère de la victime me donne des nouvelles rassurantes depuis l'hôpital. Ce ne sont que des chairs qui sont touchées. Pas de fracture. Pas de trama. Ce jeune est un miraculé. Journée de merde. L'assurance va-t-elle réparer ma caisse ou me la rembourser, royale, au prix de l'argus ?
En fait non. Ce n'est pas une journée de merde. Et cette voiture plus qu'endommagée un (très) beau cadeau d'anniversaire. Et si j'avais eu une belle Audi ? Et si elle ne s'était pas déformée ni abimée ? Ma voiture cassée, c'est la vie de ce gosse sans doute sauvée. Ça n'a pas de prix.

C'est une belle fin de journée, en Haute-Savoie.



* formule empruntée à un célèbre spot pour la 1ère campagne présidentielle de Reagan : http://bit.ly/NXKDln

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