Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


Salut Rémy

Printemps 2012, dans la benne de l'aiguille du midi...

- Salut, c'est bien toi Rémy Lécluse ?
- Et oui.
Rémy m'adresse un sourire avenant, toujours prêt à entamer une conversation impromptue, et sans jamais "jouer les stars" alors qu'il s'est fait un joli nom dans le milieu au travers de nombreuses ouvertures en ski de pente raide notamment.
- Je crois que tu m'avais noté au dernier probatoire en 2011 sur le terrain varié.
- Euh bah non, le probatoire, ça fait des années que je n'ai pas été jury... pourquoi, tu t'es fait saqué ?
- Euh bah oui, mais je t'en aurais pas voulu non plus même si ç'avait été toi, je veux dire.
Petit sourire gêné d'une conversation qui démarre sur une pente un peu savonneuse.

Mais Rémy détend rapidement l'atmosphère. On commence à parler de ses skis. Des protos, Dynastar forcément. Puis du ski en général, des conditions de neige, des modèles que j'ai essayé. Rémy recherche l'échange, le partage, toujours en quête de l'excellence dans son élément, donc d'apprendre des autres; toujours passionné par son élément donc de transmettre aux autres.


Ainsi, j'avais fait la rencontre de Rémy Lécluse. A mes yeux, il a incarné le ski de pente raide et m'en a appris quelques rudiments utiles (je remets quelques vidéos à la fin de ce post qui m'ont aidé).
Tu es maintenant porté disparu sur les pentes du Manaslu... On part toujours trop tôt. Tu as rallumé le pétillant de mes yeux du gamin skieur que j'étais, et espère être de nouveau en parti grâce à toi. Tu laisses une trace bien moins éphémère que celles que tu affectionnait tant, sur une belle neige.

Merci Rémy, adieu.


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- Explications sur le matériel en pente raide


- Rémy explique la technique de virage en pente raide, en haut de la face N de l'aiguille du midi :


- Descente de la Contamine-Négri, au triangle du Tacul, une course côté D à la montée :

Bref, j'ai craqué... j'ai repris

Ça fait trois jours que la météo annonce de la neige. Ça fait trois jours que je regarde la météo et les webcams tout les jours. Ce matin, je me lève et je commence à mettre les pneus neige. Je vais chercher le cric. Je vais chercher les pneus. Je monte les roues. Je regarde ma montre: midi. Je vais manger. Je regarde les webcams, c'est encore juste mais il en est retombé un peu. Je reregarde ma montre, il est 13h30. Je prends un café, 13h45. J'hésite sur les conditions. 60 km aller-retour peut-être pour rien. Je réfléchis. Après il faut attendre samedi. J'regarde encore ma montre: 14h00. Si tu te bouges pas maintenant, il n'y a plus d'après-midi. Je prends une décision, vais chercher mon sac à dos. C'est parti. Je prends l'autoroute pour aller plus vite. Monte en direction des Carroz. Puis continue vers Flaine. La route devient mauvaise. Même les pneus neige patinent. J'arrive à Vernant, 1750 m. Je me prépare. 15h10 : départ. Je grimpe au sommet du coin. 16h00, 2250 m. J'enlève les peaux. C'est juste mais je ne touche pas de cailloux.
Bref. J'ai craqué... j'ai repris !

NB : pour ceux qui ne connaîtraient pas, texte inspiré de la série Bref.


Dire qu'on a grimpé sur les falaises de gauche il y a 2 semaines

La combe de Vernant

Traces: montée à gauche, descente à droite

La Haute ô Route: le topo !

Alors c'est très simple puisque par définition, une autoroute, c'est tout droit ! La Haute ô Route n'échappe guère à cette règle, enfin presque...

1er jour :
 Suivre la queue au guichet du téléphérique d'Argentière. Si vous trouvez une connaissance 50 places devant, c'est le moment d'aller lui taper la causette :-p ; puis la queue au téléphérique. Une fois en haut (compter une heure au moins depuis l'arrêt de la voiture), souvenez-vous que vous ne restez pas sur la piste. Passez donc sous le cordeau et suivez à nouveau la foule : tout droit en bas (en évitant les crevasses quand même) sur le plateau du glacier d'Argentière.
Et là, faut faire super attention ! On contourne par la gauche - oui c'est pas tout à fait tout droit faites gaffe hein - et monter (tout droit) au col du Chardonnet. Autre méthode depuis le glacier d'Argentière : faire une statistique de fréquentation des randonneurs sur le bassin et prendre le plus fréquenté (faut être un peu plus joueur).
Au col, prévoir de quoi faire 30-40 m de rappel pour aller plus vite (30 m à 50° souvent goulotté par les passages). Rester sur la grosse trace qui serre à gauche en coutournant les contreforts du Chardonnet et de la petite Fourche. Puis gravir la fenêtre de Saleinaz. De là, se diriger (tout droit !) vers le refuge de Trient.


2ème jour :
Lever à 5h (comme tout les jours suivants). Bon ca tourne de nouveau un peu mais comme on est pas tout seul, ca descend bien. Attention, nouveau piège, il y a plusieurs variantes d'itinéraires sur la Haute Route depuis Trient. Veiller donc à ne pas suivre quelque randonneur au hasard... au risque de vous retrouver pendant deux jours à squatter des refuges non réservés à l'avance (les gardiens, à juste raison, n'aiment pas ça en général -> cf mon billet la buenaventura) et surtout avec quelques milliers de mètres de dénivelée positive supplémentaire à se coltiner. Bref, c'est vraiment pas une bonne idée le hasard :)

Une fois en bas à Champex en Suisse, il faut faire un transfert motorisé jusqu'à Bourg-Saint-Pierre. Plusieurs solutions, l'idéal est d'avoir vu à l'avance, au minimum avec le gardien du refuge de Trient la veille, quel transport. Soit par Bus, à déconseiller si la journée est annoncée douce à chaude dans le bulletin météo car cela fait partir de Bourg-Saint-Pierre à 12h environ soit tard et en plein cagnard ! Soit par taxi, c'est quasiment le même prix si on mutualise bien avec d'autres randonneurs.

Autre remarque utile: méfiez-vous quand vous appelez pour réserver les refuges avant de partir des réponses du type: "nous on est complet mais il y en a un autre pas loin". Méfiez-vous de ce "pas loin" qui veut plutôt dire en général "pas tout prêt quand même". Donc si vous avez de la place, dormez à Valsorey, sinon, dormez "pas loin" à la cabane du Vélan, fort sympathique au demeurant.



3ème jour: montez tout quoi ?
Bah oui, tout droit. Puis avec une rigueur militaire TOURNEEEZ DROITE ! (90°). Passez le col du plateau du couloir. Puis descendez toujours tout droit ou presque pour rejoindre la cabane de Chanrion (on vous laisse retrouver les quelques virages qui vont bien dans l'itinéraire pour ne pas sauter qui un sérac, qui une barre rocheuse :) ).

Juste après le virage à droite ...

4è jour : montez ... (je vous laisse compléter) jusqu'à la Pigne d'Arolla pour admirer la plus belle vue du parcours. Puis tourner à droite pour rejoindre la Cabane des Vignettes.

5è jour : laissez tomber cette règle stupide du tout droit (en espérant que vous l'avez fait bien avant sinon oh oh problème oops). En plus, il y a des autoroutes qui tournent aussi alors vraiment n'importe quoi pfff. Dans un clin d'œil au 1er jour, franchir de nouveau 3 cols pour rejoindre les contreforts du Cervin (impressionnant) puis Zermatt.

Comme la Suisse est un pays bien fait, vous pourrez prendre le train à Zermatt pour Visp. Correspondance pour Martigny. Correspondance pour Vallorcine-Le Châtelard. Correspondance pour Chamonix là où il fallait retourner. CQFD

A bientôt pour un topo encore plus mieux fait !

La Haute ô Route : la buenaventura !

Mais sans Youri. Parce qu'il a beau avoir écrit "Ne me quittes pas", il nous les brise un peu.
Donc voici le récit.

La Haute  Route, c'est une entreprise de long terme qui se réfléchit mûrement, se prépare à l'avance. C'est simple, le petit topo que j'ai acheté chez mon libraire doit faire 50 pages dont 20 consacrés à l'itinéraire que nous avons suivi. Autant dire qu'il était tellement précis que l'on pouvait lire "au troisième sapin, tourner à droite puis, continuer tout droit, jusqu'au sommet". A se demander si les GPS ne se sont pas mis aussi à écrire...
Bref, vendredi soir, je vois que la météo est belle pour la semaine. Cousin Jean (rien à voir avec Petit Jean car il est grand, ne boit pas de bière ou si peu) vient pour la semaine, c'est parfait. Samedi matin, j'achète chez mon libraire préféré (qui a toujours plein de topos de montagne) le topo de la haute route, j'appelle les refuges et tout va bien, ou pas. En fait, il en manque deux. Bon pour le 1er (c'est-à-dire celui du 2ème soir), il me dit d'aller chez son voisin d'en face "qui est pas loin". Et pour le second (le 3ème soir, vous suivez ?), il m'indique un bivouac "un peu plus loin"...

OK, tout va bien, c'est parti. Pour le détail de l'itinéraire, je vous renvoie au billet "la Haute ô Route: le topo". Bref le 1er jour, on manque à 200 m d'être dans le brouillard mais tout va bien, on a vu, et donc vaincu !
2ème jour, départ dans une brume épaisse, mais avec un peu d'erreur volontaire (pas pour se planter, c'est une méthode d'orientation les bananes, oui, oui, vous là, les lecteurs :-p). Puis on est en dessous et le soleil est de plus en plus généreux. La remontée au refuge suivant est la pire de la semaine : on a pourtant pas traîné pour éviter de se taper le cagnard mais la neige n'a pas regelé depuis plusieurs jours. Du coup, on monte dans un manteau pourri dans lequel il n'est pas rare d'enfoncer et planter les skis sur la longueur de nos jambes : physique, et grosse interrogation pour la suite. Bref, 2h30 de montée pour à peine 500 m de dénivelée. Le calvaire se termine heureusement pas trop tard: 13h30. On se remet donc au refuge en réalisant l'étape qui nous attend le lendemain. En fin de journée, le ciel s'est franchement couvert et il se met à neiger un poil !? Elle disait quoi déjà la météo avant de partir ? Le doute se renforce...

Le lendemain, 3ème jour, le ciel est couvert et on est dans le brouillard mais comme on commence par descendre, on sort du brouillard. La neige est heureusement moins pire que la veille même si encore un peu pourri. On remonte en face. Le plafond s'élève et se désagrège au fur et à mesure de notre montée. On passe donc le plateau du couloir dans un superbe soleil... qui ne dure pas. Le temps d'aller chausser en haut du glacier du Mont Durand, on a déjà de nouveau un peu de brouillard. On ne traîne pas pour rester orienté. Et on repasse en dessous. On est maintenant sûrs de ne plus faire demi-tour ou d'arrêter avant la fin ! Arrivée au refuge (cf billet le Topo.).
4ème et 5ème jours : enfin du grand beau stable et les journées se déroulent sans encombre.

L'arrivée sur Zermatt est même trop rapide : on aurait bien vu une journée plus chargée, et  puis on aurait bien fait un jour ou 2 de plus, c'est qu'on commençait à avoir la caisse. Bref, on retournera faire des raids, sans doute aussi en tentant autre chose : plus d'autonomie (refuges non gardés ou bivouacs ?), plus sauvages ? Peut-être..

Les photos des sorties des deux dernières semaines

Aujourd'hui, c'est jour de pluie. L'occasion de refaire une petite mise à jour des sorties récentes. Pas de récit particulier, tout s'est bien passé. Je me contente donc d'un récit de photos commentées pour chaque sortie.

Comme d'hab', vous pouvez accéder à la galerie photos de différentes manières :
- via mon profil facebook
- via mon site ouaibe perso
- directement sur Picasa

Vallée Blanche immaculée sans (idée) préconçue

Le 2 mars dernier, j'emmenais la Fratrie Christian, Stéphane et Myriam à la Vallée Blanche. Alors autant commencer par la conclusion, je n'ai jamais eu de conditions de neige aussi bonnes sur l'itinéraire que cette fois-là ni de lumière parfaite dans un tel concours de circonstances, bref c'était le top du top et je suis bien content d'avoir eu une telle journée avec d'aussi bons amis :)

Mais parlons à présent de tout ce qui a précédé. Le matin, mon père me dit, plein de prévenance "Tu ne devrais pas y aller, regarde comme le temps est bouché" pendant que je songeais dans ma tête en silence "oui mais la météo a prévu que ça allait rapidement se découvrir !". Mais ne sachant que trop bien qu'il pouvait avoir raison (j'ai en mémoire une arête des Cosmiques avec Etienne au printemps dernier où le temps devait aussi se découvrir et où on s'est tapé vent-froid-neige-brouillard toute la journée), je me gardait de lui ouvrir ce débat. Nous allons donc à Chamonix où je conseille aux copains d'attendre un peu pour prendre les billets de voir comment le temps évolue...

Bien nous en prend car Stéphane s'aperçoit que les skis que je lui ai prêtés ont 2 vis manquantes !?! Direction la boutique du coin où le censeur, pardon vendeur, nous dit péremptoir: "la vallée blanche aujourd'hui ? Vous n'allez rien voir. Et zavez un guide"...."c'est moi répondis-je" en m'arrêtant là mais en pensant très fort "kes que ça peut te foutre, t'es flic ?" Après tout, lui n'était pas plus guide que moi et ça a le don de m'agacer, les jugements expéditifs. Remerciements pour la réparation, on prend congé de môsieur-jesaistout.


Retour aux caisses du téléphérique - oui, ça y est, je le sens bien et on s'est décidé à monter - et la dame du guichet nous dit encore "vous êtes sûr, il fait pas beau là haut hein ?". Mais ce coup-ci, je lui sors mon iPhone de geek et lui montre victorieux sa propre webcam dévoilant de beaux rayons de soleil s'élargissant.

Le temps d'arriver là-haut, le temps est vraiment beau. La suite, vous la connaissez à part un petit épisode de raidillon à remonter mais cela, je laisse mes 3 compères la raconter. Journée de rêve donc qui prouve qu'en montagne aussi, la persévérance a parfois du bon, même si son opposé le renoncement est une sécurité bien souvent indispensable.

NB : à la descente du chemin des mottets, on s'est tiré la bourre comme des Anes. Voici les résultats du jury:
- Prix de la plus belle cascade à skis : Christian pour avoir coupé un virage par 6 mètres de pente raide (tout droit ! ) dont 3 mètres de terre en passant de la 3-4è place à la 1ère en un instant.
- Prix de la victoire au bas du tracé : Stéphane (d'une courte spatule).
- Prix de la plus belle gamelle : Myriam pour son arrivée fantastique sur les fesses et sur un ski, l'autre allant s'arrêter tout seul dans l'arrière de la dameuse. "Excusez-moi, vous n'auriez pas vu mon ski dans votre dameuse par hasard ?" sous l'œil désabusé du conducteur qui n'a dit mot ni esquissé le moindre sourire.

Des photos:
- dans ma galerie Picasa
- sur la galerie de Stéphane : son appareil fait la grève des couleurs quand il fait trop froid !

Kaiser Sosay

Samedi 16, ayant peu d'infos sur les cascades grimpables, j'ai convaincu Stéphane d'aller skier la combe de Sosay. Orientée NO et débouchant sur le col du rasoir entre le Jallouvre et la pointe blanche (prolongement de la chaîne du Bargy), cette combe offre du bon ski avec 500 m de dénivellée environ de pentes à 35-40°.

Partis au "petit matin", c'est-à-dire que ce n'était plus un grand matin car il était déjà 9h30 au parking, on monte sous un ciel voilé d'altitude (la prochaine perturbation est prévue pour le soir) dans une ambiance douce. Après avoir franchi l'étroiture au bord de la falaise, nous débouchons dans la combe qui apparaît un peu ventée: en haut les crêtes fument et le Jallouvre est coulant de spindrifts incessants. La météo avait annoncé un vent du nord, il semble bien qu'il souffle plutôt SO en réalité. Alors que nous contournons une petite cuvette, nous voyons un snowboarder passer droit dedans ce qui, au moment de rentrer (et donc de franchir la rupture de pente), le fait déclencher une petite coulée de quelques mètres mais pas bien agréable. Un peu plus haut, un skieur semble skier bizarrement depuis le col de Sosay. Quand on arrive à hauteur du lieu où on l'a vu, on comprend pourquoi: la trace franchit une jolie plaque friable déjà passablement effritée.
300 mètres plus haut les randonneurs qui nous précèdent déclenchent une plaque de 20 m de large sur 20 cm d'épaisseur. Ce coup-ci, ils nous avertissent en criant car on est plus ou moins en dessous et comme il y a suffisamment de pente, c'est une vrai petite avalanche qui dévale la combe. Comme c'est de la neige un peu lourde, elle n'est pas trop rapide et je peux indiquer à Stéphane de nous écarter par sécurité d'une vingtaine de mètres supplémentaires. Toutefois, mes voyants commencent à virer au rouge. C'est la troisième trace de plaque/avalanche, les lieux n'ont pas l'air bien stables ce jour. Stéphane n'aime pas bien les demi-tours et préfère continuer. J'hésite, puis me range à son avis sur 3 critères : pas vraiment de goulet en cas d'avalanche donc de concentration de l'épaisseur de neige, pas de danger objectifs (barre rocheuse), peu d'épaisseur de neige en jeu dans les plaques que nous avons vu. Quand nous traversons à notre tour 300 m plus haut la cassure, c'est pas bien beau tout de même et ça produit son petit effet d'autant que les peaux adhèrent à peine.

Nous sortons 20 minutes plus tard au col du rasoir. La première moitié de la descente dans la combe se passe bien. Mais alors que j'attaque la deuxième moitié, je franchi une petite rupture de pente puis m'arrête un peu plus loin et tombe un peu sur les fesses. Le temps que je me redresse, à l'instar de taureau de Francis, je commence à comprendre :
la neige autour de moi est complètement fissurée, lézardée... j'ai presque déclenché une plaque mais il y a des chances que rien de bouge et cela n'a rien d'un noir désir, bon d'accord j'arrête mes jeux de mots à la con et je me reconcentre.
Je me tourne vers Stéphane pour le prévenir. Las, il me suivait de trop près et s'arrête... juste après la rupture de pente. Il s'affesse et la neige aussi : trop tard ! La coulée est partie et lui dessus, assis, les skis dessous, comme s'il était installé dans un pouf de salon mouvant face à la pente. Il a le réflexe d'écarter les bras pour ne pas s'enfoncer, seuls sont visage et son buste se maintiennent hors de la neige. Comme il est dans le sens de la descente, il ne voit pas ce qu'il y a au dessus de lui, il crie, il a vraiment peur.
De mon côté, j'ai eu peur au début quand la plaque s'est mise en mouvement : est-ce que ça va être gros ? Merde, ce coup-ci, l'arva (appareil de recherche des victimes d'avalanches) ne va plus servir à faire mu-muse... Mais je ne cogite pas trop non plus: d'abord, penser à ma sécurité donc m'écarter vite et être sûr d'être à l'abri. Ensuite, un coup d'oeil au dessus me rassure: l'avalanche est toute petite (épaisseur et largeur). Par contre, je dois suivre Stéphane des yeux sans relâche, s'il est enseveli, il faut que je sois capable de voir à partir de quel point le rechercher.

La coulée a duré au total environ 10 secondes. Stéphane a dévalé 100 mètres en restant toujours à la surface. Il s'en tire avec une grosse frayeur - la mienne était moindre car j'avais une vue panoramique de la scène qui m'indiquait que l'avalanche était petite - et rien de cassé.

Par contre, j'ai tiré beaucoup d'éléments positifs dans cette histoire : cela nous a permis de mieux appréhender ce qu'est la situation d'un accident d'avalanche et dans quel état d'esprit on peut être. Cela nous a permis aussi de relancer le débat de la montée "tu ne crois pas qu'on devrait faire demi-tour" et mettre en perspective nos choix et pourquoi ceux-ci n'ont pas été forcément très pertinents. En l'occurrence, le fait qu'on ait vu une petite dizaine de skieurs aller au col avant nous dans la journée nous a incité à continuer (s'ils sont passé, c'est que ça passe). Au contraire, nous avons trop peu tenu compte des conditions réelles du terrain : signes visibles (on a compté à la descente pas moins de 7 ruptures de plaques dans la combe), le vent dont la direction n'était manifestement pas celle annoncée. Enfin, les passages précédents ne sont jamais signe de sécurité. En l'occurrence, je pense même que le vent et les spins-drifts de la face nord du Jallouvre créaient au fil du temps ce jour-là des plaques dans la combe et donc, toute heure supplémentaire était plus dangereuse que la précédente.

Enfin, une mise en perspective à l'échelle du secteur est également intéressante: d'un côté une combe orientée comme la nôtre (nord-ouest donc), de l'autre, une face ouest plus dure techniquement à skis et plus exposée au risque naturel d'avalanches (500 m de pente à 45° en moyenne). Des skieurs étaient présents dans ces deux secteurs et ont fait part de leur retour sur skitour.fr .
Et bien pas si étonnamment que cela (après un peu de réflexion), les skieurs de la face ouest ont trouvé un terrain plutôt stable (ils ont bien sûr fait preuve de prudence aussi à la montée comme à la descente). A l'inverse, les skieurs de l'autre combe de même orientation ont fait demi-tour à 100 m du col, jugeant la situation exposée. A l'abri 200 m en dessous, ils ont vu passé une grosse avalanche (cassure de 30 cm d'épaisseur sur 100 m de large).

Epilogue: Météo France annonçait un risque d'avalanche de 2/5 (risque limité). Toutefois, il faut toujours pondérer ce chiffres par les constatations de terrain. Sur les combes NO de ce secteur ce jour-là, je crois que le risque devait plutôt être passé à 3/5 assez vite dans la matinée.

Outdoor games : les moyens de jouer

Je n'ai pas encore parler d'une compétition que j'ai pourtant découverte en Février (comme quoi, parfois, c'est sympa aussi de prendre son temps): les outdoor games. J'ai découvert cette manifestation en allant grimper la Chéré en partant de l'aiguille du Midi cet hiver.
Alors bien sûr, je pourrais digresser sur les moyens mis en œuvre dans ce genre de manif', hélicos en tête sans compter le sponsor: Nissan ce qui ne va pas franchement dans le sens de ma fibre écolo tout ça :)
Mais non, je n'en parlerai pas et je vous propose donc d'aller zieuter ici un film démo de ce qui s'est passé cet hiver pendant, somme toute, que je grimpais "tranquillement":
ça se passe ici

Et si vous en voulez plus, y a un équivalent côté été:
c'est par là

Maintenant, c'est clair, les "moyens de jouer" sont avant tout dans leur mental assez incroyable mais aussi dans leur condition physique. Chapeau bas les artistes !

L'ARVA et le parisien

"Le parisien, mieux vaut l'avoir en journal". tel est l'adage publicitaire du quotidien bien connu. Et qui doit être médité par tout les montagnards, amateurs ou professionnels, lorsqu'ils voient les hordes débarquer sur les pistes. Mais que dire de ceux qui décident de partir hors-piste ?
C'est le propos de ce billet.
Comme vous le savez peut-être si vous avez regardé le barman, je travaille comme vendeur (montagne, forcément) chez Décathlon depuis quelques temps déjà. Dans ce cadre, je croise pas mal de clients skieurs dont certains m'affirment pratiquer le ski hors piste. En discutant un peu, on s'aperçoit que, le plus souvent, il s'agit d'une pratique "ski bord de piste".

Pourtant, il m'arrive aussi d'avoir affaire à de "vrais" freeriders mais parisiens quand même, vous allez comprendre pourquoi. En effet, ils pratiquent le hors-piste, sont passionnés de ski et prêt par conséquent à y consacrer du temps et de l'argent. Quand on sait qu'au moins cher, le moindre séjour d'une semaine coûte au minimum environ 450 euros pour un parisien (transport, forfait, intendance) et bien sûr sans compter sur le matériel et les vêtements spécialisés que le "vrai" freerider aura forcément acheté puisqu'il est passionné.
Bref, sa semaine revient au minimum du minima à 600 euros.
Pourtant, lorsque l'on explique à cet authentique chasseur de liberté que, pour sa sécurité, il est indispensable de rajouter un équipement vital: un ARVA (appareil de recherche de victime d'avalanche), une sonde et une pelle, seuls équipements à même de permettre à un skieur ayant eu la chance d'éviter une avalanche de retrouver rapidement (et donc en vie) son ami qui n'a pas eu cette chance*.
Et bien non, d'un coup, ces 200 euros d'investissement supplémentaires (que l'on garde pourtant 10 ans alors que l'on conserve 5 ans sa veste et sa paire de skis) constituent des équipements "bien mais quand même trop chers".

Attention, toi le "vrai" freerider, qui t'apprête à partir faire ta trace dans une neige vierge, sais-tu avec quel ami tu pars ? Car tu assumes que ta passion coûte cher mais gare au jour où elle te coûtera cher !
A combien estimes-tu le prix de ta vie ? ... ou celle de ton ami(e) ?

* Une victime ensevelie sous une avalanche a environ 75 à 80 % de chances d'être en vie au bout de 15 minutes. Cette statistique tombe à 30 % au bout de 30 minutes. Les secours professionnels mettent difficilement moins de 10-15 minutes pour arriver sur les lieux d'une avalanche...

NB : vous trouverez plus d'informations sur le site de l'ANENA (Association Nationale pour l'Etude de la Neige et des Avalanches) : www.anena.org
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