Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


Proxima estaciòn : un camino

Esperanza... super, j'ai du Manu Chao dans la tête pour les quatre prochains jours, Desaparecido poul êtle plous plécis. Viva España ! Et oui, j'ai toujours un accent de merde en espagnol.

Bientôt 4 ans que mon cousin, ami, et compagnon de cordée vit à Madrid. Bientôt 4 ans que je lui dit que je vais venir le voir. Bientôt 4 ans que régulièrement (environ 2 fois par an), c'est lui qui me rend visite dans les Alpes. Bref, je prends mes billets EasyJet (Lyon-Madrid, plutôt pratique) pas cher mais finalement si parce que c'est en plein dans les vacances scolaires. Tant pis, on va parier que ça vaudra de toute manière le coup.

Arrivée à Madrid, pas le temps de souffler. Juan nous a concocté (Julien, un de ses potes, est aussi de la partie) un programme aux oignons. Petits, ça reste à voir, mais on ne pleure pas encore.


Partie 1 : Los Galayos
Direction les environs de la superbe Université Juan Carlos - celle où étudie Juan, et aussi celle où ils ont reçu une infirmière Ebola - avec sa zone commerciale et industrielle, parfaite pour ravitailler avant l'échappée et pour se restaurer dans un établissement typique. Je vous passe la description du rade. En ces temps de clowns qui font peur, celui-ci a d'évidence tout pour semer la terreur...

On se rend donc à Los Galayos, massif granitique à environ 2h de caisse au sud-est de Madrid. Pour y aller, il faut viser le périph' M30 et choper l'autoroute A5 direction Badajoz. Pas de péage: ils sont comme ça les espagnols. Sortie 123 au niveau de Talavera de la Reina. Prendre la N-502 direction Ramacastañas puis Arenas de San Pedro. Traverser Guisando et aller se garer en bout de route au début du vallon.

A l'entrée du vallon


De là, on remonte un bon sentier (environ 900 m de dénivelée) qui suit le fond du vallon et s'élève progressivement jusqu'à 1985 m d'altitude au Refugio Victory. On est accueilli par le sympathique Samuel, gardien du refuge, grimpeur, comédien. qui se relaie là-haut jusque fin octobre avec son pote qui, dixit lui-même, est le meilleur grimpeur des deux, Sam ne grimpe "que" dans le 7.... (très espagnol ça aussi).
Dire que de mauvaises langues critiquent le confort des  refuges français... Pour les autres, sachez que Victory est rudimentaire: pas de sanitaire, dodo à même le sol (prévoir tapis de sol et sac de couchage). En revanche, c'est bon marché : 10 € la nuit et 15 € la demi-pension. Samuel pratique une cuisine simple mais bonne et avec des produits frais montés en portage presque quotidiennement. Mieux vaut donc penser à réserver en période d'ouverture, la capacité d'accueil n'excède pas 10-15 places...


Précisons que l'on y grimpe fin octobre en T-Shirt sur un granit, parfois mêlé de gneiss qui n'est pas sans rappeler les aiguilles rouges et celles de Cham', ampleur exceptée. L'escalade est belle à dominante fissure entièrement en terrain d'aventure. Pas de relais en place en général, sauf ceux des lignes de rappels. C'est un lieu féérique où l'on pourra avantageusement récupérer un peu de la saison de grimpe montagne qu'on a pas eu dans les savoies, la faute à un été bien pourri. En plus le soleil se couche encore à près de 20h30 ! Une aubaine, je vous dis.


A Los Galapeyos, point de tortues mais des aiguilles à manger à commencer par celle qui domine le refuge, j'ai nommé El Turron, mais si vous êtes un peu moins morfale que moi, vous la trouverez sous le nom d'El Torreòn dans les topos.
Le dimanche est donc consacré au parcours de cette aiguille par ses versants Sud (V+) puis Nord (V).



Ambiance tous les matins du monde au réveil

Le lendemain, j'ai concocté un petit enchaînement que je soumets avec force persuasion à mes acolytes.  D'abord le Pequeño Galayo par sa face visible du refuge (V/V+). Samuel nous propose une variante d'attaque en dalle puis escalade athlétique à la fois plus directe et esthétique. Ensuite, j'avais repéré la veille la possibilité de traverser à flan juste sous le sommet pour rejoindre un dièdre magnifique et élancé. Ce sera "gran diedro" (IV+) au Gran Galayo. Le retour se fait à pied depuis le sommet par du terrain à chamois.

Derrière mon casque, "gran diedro", une voie 5* dixit Samuel


Nous rentrons à Madrid le soir pour dormir chez Jean. Le pied de se retrouver dans une ville conviviale avec pas loin de 30°C dehors. Si si, c'est encore l'été et définitivement les vacances :) .

périples aux Galayos à l'exception de la face S du Torréon


Partie 2 - La Cabrera
Mardi, Julien se déclare en repos bien mérité. Il a la chance de rester une journée de plus dans son séjour. Moi, je me déclare toujours motivé. Jean me propose donc d'aller à La Cabrera, au nord de la capitale ibère. Il a repéré depuis un moment la Via Diedro de la deportiva à l'Agujas Sin Nombre. Les relais sont en place, autrement, n'oubliez pas vos amis !  Pour se rendre à La Cabrera, il faut compter une petite heure de voiture (sans trafic) par l'autoroute A1.


Nous sommes quelque peu pressé par le temps car Jean a un cours qu'il ne peut sécher à 15h00. Il nous faut donc grimper rapide... Je frise la correctionnelle en première longueur, dure à protéger sur les premiers mètres avec un rocher toujours à mis chemin entre gneiss et granit mais franchement mental concernant l'adhérence. Jean enchaîne la suite et on se retrouve juste à temps au sommet. On lui a indiqué de descendre à droite en 1 rappel : bonne idée à condition d'avoir la présence d'esprit (dois-je préciser que nous ne l'avons pas eu ?) de rallonger le relais pour éviter de coincer la corde... et une longueur bonus de remontée le long du rappel au ropeman pour mézigue !
 
On arrive vers 14h30 à l'universidad Juan Carlos. On a faim et mon serviteur me propose donc un gueuleton typique (pour de vrai ce coup-ci !) au "Musso des Ramones". Dans ma tête, j'imagine donc un truc rock mais quand même littéraire, branchouille citadin en clair... Mais il n'en est rien puisque ça s'écrit en réalité "museo del jamon", soit pour les billingues comme moi "le musée du jambon". J'en fait un beau, tiens. Mais c'est effectivement typique, une sorte d'équivalent de la brasserie parisienne couleur locale. Pour vous faire une idée, des tables de restaurant, un beau comptoir en zinc (on a mangé là compte tenu de notre timing serré) dans une salle haute de plafond dont les murs ressemblent à ça :

Parmi les spécialités, on ne peut manquer les célèbres tortillas et, compte tenu de la chaleur, le Tinto de Verano (mélange de vin rouge et de limonade), qui s'est révélé exquis.

Le soir, une petite tournée des bars et des quartiers animés de Madrid avec Julien, parfaitement remis, nous a merveilleusement conclu cette journée.


Partie 3 - La Pedriza
Il était une fois, Jean à son pote Fernando qui lui a fait découvrir el spot : "comment tu fais pour trouver le chemin dans ce dédale de blocs ?"
Fernando : "La Pedriza, es un camino"...

Nous voilà donc partis ce mercredi pour gravir El Yelmo (sur une musique de Mano Solo - El Mungo) ça envoie ! T'as déjà grimpé un dinosaure ? Le Stone Mountain d'Atlanta ? Non Plus ? Voilà la chance de pouvoir te venger.
Pour nous, c'est d'abord la Via Hermosilla dont le topo est disponible ici. On accède au site toujours moyennant une petite heure de voiture en direction du nord depuis la cité madrilène via les routes M607, M609 et M608 jusqu'à Manzanares El Real.
L'escalade se déroule ici sur un granit magnifique, compact, sans défaut, avec du grain, le rêve... même El Cap est en rocher pourri à côté à moins que le soleil n'est tapé trop fort et que je m'égarde, oui que je m'égare aussi. Par contre, c'est ni très haut, ni très raide. La vue sur la city de Madrid est chouette, de même que sur la prison régionale. Reste que ce coin est sauvage et possède ce je ne sais quoi de magique, à l'instar de la forêt de Fontainebleau avec laquelle il ne partage que ça car ni le rocher ni la végétation ne peut se comparer. La Pedriza, es un camino. Bienvenu dans un royaume de la dalle couchée en granit : déroutant de se retrouver à quatre pattes dans des pentes qu'on se verrait quasi skier l'hiver !

Jean nous remmène pour un 2ème run plus à droite. Première longueur avec pas plus de 7-8 points pour 45 m en 5c, chapeau l'artiste. La suite pique encore d'autant que l'on choisit malgré nous une variante en 6c : une colonnette unique, lisse, et rien d'autre. J'enchaîne tout juste en second, ouf !

Une très belle dernière journée d'escalade madrilène. Nous prenons soin de boire la bouteille de Tinto de Verano déposée au frais dans un ruisseau en début de journée, juste avant d'atteindre El Yelmo. On peut alors redescendre sereins.

"La Pedriza, es un camino"  -  El Yelmo

Dernière soirée madrilène avec une autre boisson typique (oui, mais d'où ? oui mais doux !), un mojito sur la terrasse d'un bar et surtout, toujours cet air plein de douceur. Merci les amis pour ces bonnes vacances.


Epilogue
Jeudi, déjà le voyage retour. Comme un cadeau, je suis placé idéalement dans l'avion pour revoir et saluer juste après le décollage la Cabrera, El Yelmo. Une heure de vol plus tard, je survole les montagnes de mon enfance: la vallée d'Aspe, dont je distingue toutes les montagnes malgré nos 10 000 m d'altitude, mêmes les aiguilles d'Ansabère qui m'échappent encore. Patience. La vida, es un camino.

Timelapse

Cultures Bio

Vous vous souvenez peut-être du film d'un film qui m'avait emballé : solutions locales pour un désordre global.

Bon ça a l'air un peu con comme ça, mais Carole et moi mangeons de plus en plus bio depuis ce film et franchement, avons l'impression de manger de mieux en mieux. Récemment, on s'est même mis à faire pousser des salades sur notre balcon. Et bien, objectivement, on a hâte de les goûter. Un truc pourtant pourrait gâcher la culture: les parasites et la tentation d'utiliser un insecticide serait de suite assez forte.

Toutefois, il paraît que des méthodes de traitement bio existent aussi. Et à voir cette page du site du film, on se dit que ce ne sont pas les idées qui manquent. Réapprendre des gestes simples que l'on aurait jamais dû oublier, le renouveau du bonheur dan l'assiette.

On vous racontera quel goût a notre première culture de feuilles de chêne rouge :) .

whou whou, en hommage à Cannelle

"Whou whou, Je vais à la chasse à l'ours". Ainsi démarrait un chant scout quand j'étais gamin. Mais laissez-moi vous raconter une histoire, que vous êtes libre de croire ou pas mais donc on dit qu'elle est effectivement arrivée à la fin du siècle dernier (le 20è donc) :

Un jeune randonneur, hardi mais pas trop, accompagnait une tribu familiale pour une ballade avec bivouac dans les Pyrénées. Il servait de porteur pour la lourde logistique nécessaire pour faire camper des enfants âgés de 5 à 10 ans. Le soir venu, la tente fût montée, le repas pris et tout le monde couché.
Notre randonneur décida de dormir à la belle étoile car il y avait plus de place que dans la tente, il ne faisait pas froid et le ciel était clair. Comme il était hardi, il posa son sac de couchage sur une dalle rocheuse à même le pâturage. Mais comme il ne l'était pas trop, il se plaça non loin des tentes des autres randonneurs.

Le campement était situé à quelques dizaines de mètres d'une bergerie. Ces dernières sont assez nombreuses dans les estives pyrénéennes. Elles comportent une cabane pour le berger, un enclos pour rassembler les bêtes durant la nuit et un point d'eau généralement un tuyau alimenté par une source proche. Ainsi installé, il se mit à contempler la voûte céleste, particulièrement lumineuse ce soir-là. En effet, la lune était pleine ou quasiment, le temps sec, sans brume.

Au loin, l'aboiement d'un chien de berger chatouillait ses oreilles. Il se disait confortablement installé, fatigué de son portage et donc tout prêt à dormir. Pourtant, le sommeil ne venait pas. La faute à cette trop belle lune sans doute. Tout compte fait, dormir dans la tente aurait peut-être été plus efficace malgré la promiscuité. Il était trop tard pour aller réveiller les autres de toute manière. Et le chien qui n'arrête pas d'aboyer tout en bas. A moins... non ce n'est pas le même chien. L'aboiement est plus fort. C'est celui de la bergerie du dessus, c'est-à-dire la bergerie d'avant celle du campement. Intérieurement, le jeune randonneur n'arrivait pas à ralentir le rythme de ses pensées afin de trouver le sommeil. Il se dit: "c'est peut-être un ours qui rôde autour des parcs à moutons". Il avait eu cette pensée en riant intérieurement tant l'ours était dur à observer dans les Pyrénées. Chassé depuis des siècles, il en avait quasiment disparu. Seuls subsistaient quelques individus, moins de cinq. Ils vivaient donc essentiellement la nuit, fuyant les contacts avec les hommes.
Pourtant, cette pensée, qu'il croyait humoristique, n'arrivait pas à quitter notre jeune randonneur. Il faut dire qu'il avait entendu successivement deux chiens de deux bergeries pendant de longs moments à chaque fois: ils défendaient manifestement leur troupeau. Mais à présent, le calme était revenu. Peut-être allait-il enfin pouvoir s'endormir. Combien de temps s'était écoulé d'ailleurs. Deux heures ? Plus ? Longtemps en tout cas. La lune passa derrière une crête et rapidement, l'estive fut plongée dans l'obscurité. Allait-il enfin s'endormir ?
C'était sans compter sur le chien de la bergerie du campement qui montra à son tour des signes d'énervement. Il l'entendit aboyer de plus en plus. Puis courir à travers la prairie décrivant des cercles. Désormais, c'est notre bergerie qui était menacée par la force de l'ombre qui avait sévi plus tôt dans les autres situées en contrebas. Le jeune fut pris d'une petite sueur froide: "et si c'était vraiment un ours ?" Il dormait là, à même le sol, saucissonné dans son sac de couchage, sans même avoir pris soin de dormir en hauteur, sur un bloc rocheux. A la merci y compris d'un bête sanglier. Le chien continuait ses rondes inquiétantes, actives, bruyantes.
Soudain, un grognement sourd, fort, puissant se fît entendre. Dans l'esprit du jeune, il n'y eu plus de doute possible, un ours était tout prêt, sans doute moins de cinq cents mètres. Il entendit un galop de pas lourds, saccadés, avec le chien plus aux aboies que jamais. Il avait maintenant franchement peur et n'osait plus bouger. A peine essaya-t-il de pivoter légèrement la tête pour voir s'il apercevait quelque chose, sans faire de bruit. Mais il faisait trop sombre pour espérer voir quelque chose sans sortir vraiment de son sac de couchage.
Petit à petit, le chien se calma. Le jeune randonneur, lui, n'y arrivait plus. Il en était convaincu. L'ours était passé pas loin cette nuit. Si seulement il avait pu le voir, le doute n'aurait plus été permis. Car au petit matin, le berger prétendit n'avoir rien entendu. Toute cette histoire n'était-elle qu'un rêve ? Non, car il n'avait pas dormi, ça il en était sûr car il s'endormait à présent sur son petit déjeuner avant commencer à marcher. Une nouvelle journée débute, dans les Pyrénées.




En hommage à Cannelle ...
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