Au comptoir

Où le barman se perd en digressions variées à qui se présente à lui ...


Proxima estaciòn : un camino

Esperanza... super, j'ai du Manu Chao dans la tête pour les quatre prochains jours, Desaparecido poul êtle plous plécis. Viva España ! Et oui, j'ai toujours un accent de merde en espagnol.

Bientôt 4 ans que mon cousin, ami, et compagnon de cordée vit à Madrid. Bientôt 4 ans que je lui dit que je vais venir le voir. Bientôt 4 ans que régulièrement (environ 2 fois par an), c'est lui qui me rend visite dans les Alpes. Bref, je prends mes billets EasyJet (Lyon-Madrid, plutôt pratique) pas cher mais finalement si parce que c'est en plein dans les vacances scolaires. Tant pis, on va parier que ça vaudra de toute manière le coup.

Arrivée à Madrid, pas le temps de souffler. Juan nous a concocté (Julien, un de ses potes, est aussi de la partie) un programme aux oignons. Petits, ça reste à voir, mais on ne pleure pas encore.


Partie 1 : Los Galayos
Direction les environs de la superbe Université Juan Carlos - celle où étudie Juan, et aussi celle où ils ont reçu une infirmière Ebola - avec sa zone commerciale et industrielle, parfaite pour ravitailler avant l'échappée et pour se restaurer dans un établissement typique. Je vous passe la description du rade. En ces temps de clowns qui font peur, celui-ci a d'évidence tout pour semer la terreur...

On se rend donc à Los Galayos, massif granitique à environ 2h de caisse au sud-est de Madrid. Pour y aller, il faut viser le périph' M30 et choper l'autoroute A5 direction Badajoz. Pas de péage: ils sont comme ça les espagnols. Sortie 123 au niveau de Talavera de la Reina. Prendre la N-502 direction Ramacastañas puis Arenas de San Pedro. Traverser Guisando et aller se garer en bout de route au début du vallon.

A l'entrée du vallon


De là, on remonte un bon sentier (environ 900 m de dénivelée) qui suit le fond du vallon et s'élève progressivement jusqu'à 1985 m d'altitude au Refugio Victory. On est accueilli par le sympathique Samuel, gardien du refuge, grimpeur, comédien. qui se relaie là-haut jusque fin octobre avec son pote qui, dixit lui-même, est le meilleur grimpeur des deux, Sam ne grimpe "que" dans le 7.... (très espagnol ça aussi).
Dire que de mauvaises langues critiquent le confort des  refuges français... Pour les autres, sachez que Victory est rudimentaire: pas de sanitaire, dodo à même le sol (prévoir tapis de sol et sac de couchage). En revanche, c'est bon marché : 10 € la nuit et 15 € la demi-pension. Samuel pratique une cuisine simple mais bonne et avec des produits frais montés en portage presque quotidiennement. Mieux vaut donc penser à réserver en période d'ouverture, la capacité d'accueil n'excède pas 10-15 places...


Précisons que l'on y grimpe fin octobre en T-Shirt sur un granit, parfois mêlé de gneiss qui n'est pas sans rappeler les aiguilles rouges et celles de Cham', ampleur exceptée. L'escalade est belle à dominante fissure entièrement en terrain d'aventure. Pas de relais en place en général, sauf ceux des lignes de rappels. C'est un lieu féérique où l'on pourra avantageusement récupérer un peu de la saison de grimpe montagne qu'on a pas eu dans les savoies, la faute à un été bien pourri. En plus le soleil se couche encore à près de 20h30 ! Une aubaine, je vous dis.


A Los Galapeyos, point de tortues mais des aiguilles à manger à commencer par celle qui domine le refuge, j'ai nommé El Turron, mais si vous êtes un peu moins morfale que moi, vous la trouverez sous le nom d'El Torreòn dans les topos.
Le dimanche est donc consacré au parcours de cette aiguille par ses versants Sud (V+) puis Nord (V).



Ambiance tous les matins du monde au réveil

Le lendemain, j'ai concocté un petit enchaînement que je soumets avec force persuasion à mes acolytes.  D'abord le Pequeño Galayo par sa face visible du refuge (V/V+). Samuel nous propose une variante d'attaque en dalle puis escalade athlétique à la fois plus directe et esthétique. Ensuite, j'avais repéré la veille la possibilité de traverser à flan juste sous le sommet pour rejoindre un dièdre magnifique et élancé. Ce sera "gran diedro" (IV+) au Gran Galayo. Le retour se fait à pied depuis le sommet par du terrain à chamois.

Derrière mon casque, "gran diedro", une voie 5* dixit Samuel


Nous rentrons à Madrid le soir pour dormir chez Jean. Le pied de se retrouver dans une ville conviviale avec pas loin de 30°C dehors. Si si, c'est encore l'été et définitivement les vacances :) .

périples aux Galayos à l'exception de la face S du Torréon


Partie 2 - La Cabrera
Mardi, Julien se déclare en repos bien mérité. Il a la chance de rester une journée de plus dans son séjour. Moi, je me déclare toujours motivé. Jean me propose donc d'aller à La Cabrera, au nord de la capitale ibère. Il a repéré depuis un moment la Via Diedro de la deportiva à l'Agujas Sin Nombre. Les relais sont en place, autrement, n'oubliez pas vos amis !  Pour se rendre à La Cabrera, il faut compter une petite heure de voiture (sans trafic) par l'autoroute A1.


Nous sommes quelque peu pressé par le temps car Jean a un cours qu'il ne peut sécher à 15h00. Il nous faut donc grimper rapide... Je frise la correctionnelle en première longueur, dure à protéger sur les premiers mètres avec un rocher toujours à mis chemin entre gneiss et granit mais franchement mental concernant l'adhérence. Jean enchaîne la suite et on se retrouve juste à temps au sommet. On lui a indiqué de descendre à droite en 1 rappel : bonne idée à condition d'avoir la présence d'esprit (dois-je préciser que nous ne l'avons pas eu ?) de rallonger le relais pour éviter de coincer la corde... et une longueur bonus de remontée le long du rappel au ropeman pour mézigue !
 
On arrive vers 14h30 à l'universidad Juan Carlos. On a faim et mon serviteur me propose donc un gueuleton typique (pour de vrai ce coup-ci !) au "Musso des Ramones". Dans ma tête, j'imagine donc un truc rock mais quand même littéraire, branchouille citadin en clair... Mais il n'en est rien puisque ça s'écrit en réalité "museo del jamon", soit pour les billingues comme moi "le musée du jambon". J'en fait un beau, tiens. Mais c'est effectivement typique, une sorte d'équivalent de la brasserie parisienne couleur locale. Pour vous faire une idée, des tables de restaurant, un beau comptoir en zinc (on a mangé là compte tenu de notre timing serré) dans une salle haute de plafond dont les murs ressemblent à ça :

Parmi les spécialités, on ne peut manquer les célèbres tortillas et, compte tenu de la chaleur, le Tinto de Verano (mélange de vin rouge et de limonade), qui s'est révélé exquis.

Le soir, une petite tournée des bars et des quartiers animés de Madrid avec Julien, parfaitement remis, nous a merveilleusement conclu cette journée.


Partie 3 - La Pedriza
Il était une fois, Jean à son pote Fernando qui lui a fait découvrir el spot : "comment tu fais pour trouver le chemin dans ce dédale de blocs ?"
Fernando : "La Pedriza, es un camino"...

Nous voilà donc partis ce mercredi pour gravir El Yelmo (sur une musique de Mano Solo - El Mungo) ça envoie ! T'as déjà grimpé un dinosaure ? Le Stone Mountain d'Atlanta ? Non Plus ? Voilà la chance de pouvoir te venger.
Pour nous, c'est d'abord la Via Hermosilla dont le topo est disponible ici. On accède au site toujours moyennant une petite heure de voiture en direction du nord depuis la cité madrilène via les routes M607, M609 et M608 jusqu'à Manzanares El Real.
L'escalade se déroule ici sur un granit magnifique, compact, sans défaut, avec du grain, le rêve... même El Cap est en rocher pourri à côté à moins que le soleil n'est tapé trop fort et que je m'égarde, oui que je m'égare aussi. Par contre, c'est ni très haut, ni très raide. La vue sur la city de Madrid est chouette, de même que sur la prison régionale. Reste que ce coin est sauvage et possède ce je ne sais quoi de magique, à l'instar de la forêt de Fontainebleau avec laquelle il ne partage que ça car ni le rocher ni la végétation ne peut se comparer. La Pedriza, es un camino. Bienvenu dans un royaume de la dalle couchée en granit : déroutant de se retrouver à quatre pattes dans des pentes qu'on se verrait quasi skier l'hiver !

Jean nous remmène pour un 2ème run plus à droite. Première longueur avec pas plus de 7-8 points pour 45 m en 5c, chapeau l'artiste. La suite pique encore d'autant que l'on choisit malgré nous une variante en 6c : une colonnette unique, lisse, et rien d'autre. J'enchaîne tout juste en second, ouf !

Une très belle dernière journée d'escalade madrilène. Nous prenons soin de boire la bouteille de Tinto de Verano déposée au frais dans un ruisseau en début de journée, juste avant d'atteindre El Yelmo. On peut alors redescendre sereins.

"La Pedriza, es un camino"  -  El Yelmo

Dernière soirée madrilène avec une autre boisson typique (oui, mais d'où ? oui mais doux !), un mojito sur la terrasse d'un bar et surtout, toujours cet air plein de douceur. Merci les amis pour ces bonnes vacances.


Epilogue
Jeudi, déjà le voyage retour. Comme un cadeau, je suis placé idéalement dans l'avion pour revoir et saluer juste après le décollage la Cabrera, El Yelmo. Une heure de vol plus tard, je survole les montagnes de mon enfance: la vallée d'Aspe, dont je distingue toutes les montagnes malgré nos 10 000 m d'altitude, mêmes les aiguilles d'Ansabère qui m'échappent encore. Patience. La vida, es un camino.

Peney, Peney, run, run !

(ou l'école de la lenteur...)

Dernière semaine. C'est un peu la récompense après sept semaines d'évaluations et d'apprentissages tous azimuts. Le programme est de faire de la montagne, juste pour soi, pour se perfectionner. Dame nature préfère nous rappeler que les récompenses se méritent: elle nous colle donc une météo pourrie de chez pourrie (vous en avez peut-être entendu parler, vous aussi...).
Le vendredi : on fait quoi la semaine prochaine ?
Moi: j'irai bien à la traversée Rochefort-Jorasses.
Le GI (pour gentil instructeur, mais mettez GM=gentil moniteur, GO, ou GG= gentil guide si ça vous chante) : euh la semaine prochaine, la météo est vraiment pas de la partie, on se rappelle dimanche pour faire le point.
Le dimanche ne donne rien, toujours pas d'amélioration en vue, c'est même annoncé encore pire.

Lundi
GI: OK, on va aller faire de l'artif' au Peney.
Moi: Cool, j'ai tout à apprendre là-dessus :)
On passe la journée à étudier la théorie de progression, préparer le matériel, faire les courses (de bouffe) : on va bivouaquer 2 soirs là-bas. Le plan est de gravir la voie Fanino (Peter Pan pour l'autre cordée de 2 stagiaires + 1 GI, qui est avec nous). La cote annoncée est A2+, 180 m (je vous renvoie à la page C2C pour l'explication). On doit faire une longueur d'école le mardi puis équiper la première longueur de la voie. Mercredi, on devrait remonter L1 puis équiper L2, L3, atteindre la vire, hisser les sacs pour dormir là-haut et équiper L4 avant de se coucher. Jeudi, remonter L4 puis équiper L5, L6 et grimper L7 en libre (4+).
Je rentre chez moi le soir histoire de préparer un maxi taboulé qui tienne au ventre (recette ici).
Nouvelle méthode de remontée sur corde : on ne doute pas qu'elle devienne à l'ascension
du second ce que le crochet Julio est au rappel :-p
Taboulé pour 3 jours

Mardi
On s'arrête à l'escadron local pour faire les sacs. Ce qui ne sert pas avant le bivouac au fond. Les matelas mousse dans l'intérieur autour. L'utile pour la journée, au dessus.
On arrive à la falaise vers 12h00. Mangeage et longueur d'école. On attaque le vrai vers 15h00. Je grimpe. A mi-longueur, je pose un friend un peu ouvert, un peu de travers et... c'est le vol : trop de possibilité de bouger. A côté, mon camarade a la décence de m'imiter avec le style : il vole sur crochets à gouttes d'eau. Je boucle ma longueur. Il est pas loin de 18h00.
Dans L1 de Peter Pan
  Mon GI suit pour déséquiper (c'est que ça pitonne aussi dans ce rocher péteux). D'ailleurs, chaque fissure a déjà de belles marques de pitonnages: pas très rassurant car les pitons chantent peu avec le sentiment qu'ils rentrent sans taper. Il doit nous manquer certaines variétés.

Camp de base au top
Vraiment au top
Le soir, j'ai pensé à la guitare et on passe une nuit super, dans les portaledges fixés juste au dessus du sol. Au moins, on ne sent ni les cailloux, ni la pente. Côté météo, il pleut sans discontinuer et on est content d'avoir opté pour cette falaise déversante.

Mercredi
On remonte sur la corde fixe, même ça, c'est physique quand ça dure 40 mètres. J'attaque la deuxième longueur, perplexe. Seule une fine fissure où aucun de mes pitons semble complètement ad-hoc. Je finis par en choisir un. Je le tape, il chante toujours aussi faux, et j'ai pas ma guitare pour lui donner le La 440 Hz. Je le teste à coups de pieds dans l'étrier. Il tient. Je me vache dessus et quitte ainsi le relais.
- Mon GI : et sinon, tu clippes pas le relais pour faire un point de renvoi ?
- Moi : ah oui, zut, j'avais oublié merci. "clip", une dégaine, le tour est joué.
[une bonne vingtaine de secondes: pas moins !]
Tzing
- Tex-Avery (moi en l'occurrence) : ce bruit c'est ?
BANZAaaaï ! Le piton vient de sauter et je chute sur le relais. La journée commence bien avec un facteur 1,87 ! Mon GI doit remercier pour lui même sa présence d'esprit : une minute plus tôt, il aurait pris ma chute direct dans les hanches...

Dans L2 de Peter Pan
Ambiance Eigerwand avec un brouillard qui nous colle à la peau
Ça a du me prendre pas mal de minutes pour me calmer et me concentrer. En 1h, je n'ai guère avancé de plus de 10 m. Petit à petit, je finis par arriver à un spit et commence à me sentir un peu moins mal. Vlà aut' chose. Le spit n'est pas là par hasard... mais pour protéger une succession m..dique de pas sur crochets à gouttes d'eau : invention infâme dont seul l'appui vertical fait que ça tient. Autant dire que t'as pas intérêt à attraper la tremblante du mouton sur tes étriers quand ils sont sur crochets. Une chasse d'eau salvatrice (cordelette fixée sur le point suivant) me permet de me protéger à mi parcours de ces 4-5 mètres aléatoires. Dommage, le GM d'à côté l'a vue aussi. Il m'exhorte à jouer le jeu et ne pas l'utiliser. Peine perdue, mon moral est déjà entamé avant même les sifflets de la foule. Je continue et j'arrive au point. Ce coup-ci, il me fait carrément la tête si je ne coupe pas le ficellou. Compliqué d'un point de vue éthique alors que je m'en suis servi... je finis néanmoins par m'incliner sous la pression incisive et renvoie ce qu'il me reste de fierté avec mon moral : dans les chaussettes.
Nouvelle fissure : ouf ! Je vais pouvoir remettre des friends. Ah non, pas ouf. En fait, le caillou est plus que médiocre et je fais tomber des fours à micro-ondes de 60 m de haut. La longueur se termine par une longue traversée à gauche. Le libre me tente pour en finir plus vite. C'est sans compter sur mon moral décidément aux abonnés absents. Je m'incline et finis la besogne comme je l'ai commencé: avec lenteur.

À R1, mon GI patient oscille entre walkman, sieste et coup de froid mais il peut enfin partir pour me rejoindre, après plus de 3h30 d'attente ! Je suis sur un relais suspendu plein gaz sur 3 spits, j'ai à peine hissé le sac que le syndrome du harnais n'est déjà plus très loin. Ça promets à moins que... concertation.
La cordée d'à côté fait demi-tour, non moins échaudée par les difficultés que ce nouveau type d'escalade nous oppose. J'expose ma fatigue morale. C'est donc mon GI qui fera L3 pour rejoindre la vire. Je lui soutire donc sa sellette et profites enfin un peu du calme. Et puis, ça me donne aussi l'occasion de déséquiper une longueur pour affiner le schéma global de progression. Je le regarde grimper et prend ma leçon : vaché toujours directement dans le point avec son fifi au pontet, il enchaîne sa longueur en moins de 1h15. Je m'emmêle un peu les neurones au moment de lui envoyer les sacs pour le hissage... Ça fait encore plus peur que tout le reste. L'idée de tout laisser aller et que le seul contact qui reste est le relais du dessus avec la corde qui frotte forcément partout sur laquelle on va remonter. Je suis bien content qu'il s'agisse d'une 10,5 mm au lieu d'une joker (9 mm).
La remontée sur corde : jumars et confiance de rigueur
Dans L3 de Fanino : encore du gros dévers

Arrivés à R3, il est quasi 18h. Autant dire que repartir dans L4 n'est pas gagné. En plus, la météo annonce finalement pourri pour le jeudi rendant la sortie par le haut quasi impossible. Les autres sont en bas, avec le feu et le bivouac protégé du vent et d'une humidité supplémentaire (on est abrité de la pluie mais seulement sans vent à la vire). On décide donc de boire une bière (on les a quand même montées !) puis de redescendre. La nuit là n'a pas de sens.

La vire où on ne dormira pas

Rappel pendulaire de 90 m: le dévers avance de pas moins de 20 m
entre le pied de la paroi et la vire
Jeudi
Je repars dans L1 de Peter Pan où nos camarades ont oublié une dégaine. Je me sens mieux, moins flippé. Comme quoi on s'habitue à tout. Et puis, voir grimper mon instructeur m'a appris plein de choses sur l'efficacité. En outre, la longueur est un peu plus facile. Bref, ça sors en moins de 2 h sans plomb ni vol, je commencerais presque à goûter l'expérience...
Même les couleuvres vipérines viennent se mettre au sec au bivouac

Au moment où le retour s'annonce, ces 3 jours m'auront donc secoué, rappelé à une nécessaire et saine humilité... mais donné un goût de "reviens-y", histoire de finir le travail. Merci tous les 4 pour ces moments partagés et à bientôt j'espère pour de nouvelles aventures.
Quand à la pluie, elle nous accompagne encore sur la marche retour, preuve que notre choix d'activité était judicieux ;-) .


PS: Comme d'hab', d'autres photos ici.


Dry tooling

Je vous ai déjà parlé il y a quelques temps de cette discipline. Autrefois dite escalade mixte, on l'a renommé "dry tooling" à la fois car d'un point de vue marketing, c'est plus dans l'air du temps mais aussi parce que le mixte à l'origine conservait ses parts d'escalade humide (neige/glace). Il n'en est plus rien en dry puisqu'elle se pratique avant tout sur des falaises dont les points communs sont un rocher trop médiocre pour la grimpe en chaussons, et du dévers pour que cela soit physique.

Voici une petite vidéo intéressante trouvée sur tvmountain.com qui introduit bien la discipline :




Ce qu'il faut savoir, c'est que, comme toute activité alpine, la discipline a une éthique à géométrie variable en fonction de qui la pratique. La grande question existentielle est : Yaniro or not ?
Moi, j'ai pas tellement le choix, je suis obligé d'être éthique ^^ (bah, oui, pour les gens normaux, c'est pas un mouv' facile). En revanche, pour les gourous de la discipline, cette question trouve un vrai sens, à l'instar de Jeff Mercier qui en débat sur une page dédié de son blog; blog dont, si ce n'est déjà fait, je vous recommande la lecture car il présente fréquemment une relecture d'itinéraires "hors des sentiers battus" et en général bien esthétiques.

A peluche :)

Comme une étoile filante

C'est une histoire de copains et une histoire de montagne. C'est bien plus que tout ça. C'est l'histoire d'une aventure. Et comme disait l'autre, l'Aventure, c'est l'aventure. Avec Laura, c'est déjà la quatrième fois que nous faisons cordée, toujours dans la bonne humeur.  Ce coup-ci, nous voilà partis pour une équipée à quatre avec deux très bons copains : Aurélien et Damien qui feront cordée ensemble. C'est un autre fil conducteur de mon été 2012 en montagne : plus on est de fous, et bien ma foi plus on est de fous :)).

L'objectif est une course "sérieuse": la traversée des aiguilles de Chamonix. Elle a tout pour faire rêver : une classique parmi les classiques, de l'engagement (IV), de l'escalade (TD- tout de même), une chevauchée de 2 jours avec un bivouac en altitude.

[Aparté, Pour info, matos conseillé :
rappel 2x60m
1 jeu de friends du 0.3 au 2 C4 avec petites tailles doublées
7 dégaines dont 2 longues.]

Dimanche 9 septembre, les sacs sont bouclés. On se retrouve à la première benne du lundi matin. Et on démarre par la traversée en direction de l'aiguille du plan. Une fois n'est pas coutume, je suis certainement "le mec en forme" du groupe. Deux fois n'est pas coutume, j'ai envie de savourer chaque moment passé là-haut et ne suis donc nullement pressé (à quoi ça sert sinon, de prendre deux jours ? :) ). Je laisse donc volontiers la recherche de l'itinéraire à mes trois acolytes. Le rognon du Plan : les rappels c'est bien, la désescalade, c'est mieux. Voici la première leçon de la course et l'on vient de l'apprendre à nos dépends. On a tiré trop longtemps sur le fil au lieu de prendre à droite en désescalade. Conséquence: 2 grands rappels, et le deuxième qui se coince... J'assume mon statut de "Joker" et remonte donc débloquer la corde. Une heure de perdue. C'est pas grave. On a le temps. Le plaisir est intact.

Arrivés au Plan, on fait un dernier check météo (merci le téléphone 3G) car on est au point de non-retour: soit on continue avec obligation de terminer la course, soit on fait demi-tour. Les orages sont toujours prévus pour la soirée du lendemain. On a donc largement le temps de finir. On continue ! On traverse un couloir puis démarre une escalade, soutenue-qui réveille alors que nous sommes en mode rando depuis le début. Je repropose à Laura une petite école de vol : la pédagogie est affaire de répétition. Pour l'encourager, je lui chante "I believe I can Fly" à la Kad Merad mais rien n'y fait, ce ne sera pas encore pour cette fois. Je me demande bien pourquoi... Au fait, où on en est du cheminement ?

Plus jamais à partir du Crocodile, nous ne serons capable de faire correspondre le descriptif des deux topos que nous avons emportés (Rébuffat et camptocamp) avec la réalité du terrain durant cette première journée. Nous sommes rentrés sans s'en rendre compte dans un no-man's land étrange. Ajoutez à cela les nuages qui bourgeonnent et soulignent les lignes de fuite des arêtes et des aiguilles, pour mieux les suspendre hors de l'espace des hommes, nous devenons désormais hors du temps... et hors temps ! Samerlipopette, on a encore coincé un rappel sous le Crocodile (à moins que ce ne soit sous le Caïman ??). Aurélien émet l'éventualité de couper la corde, juste à l'instar du bout que nous venons de trouver... Pas question !
Je me relance donc, assuré par Laura, dans un bout d'escalade mixte aux protections un peu aléatoires. Vous ai-je dit ce qui me passait par la tête dans ces moments-là : un mélange de plaisir de grimper, de culpabilité d'engager, de peur de tomber aussi, d'excitation d'impressionner enfin (l'éternel côté cowboy fringuant des bacs à sable du ptit mec qui donnerait tout pour un bon mot ou un beau mouvement qui en jette aux yeux de son assistance ^^)… C'est un peu confus et il faut rester concentré.
Je n'ai pas mis les crampons, il y a un peu de neige, un peu de glace, un peu de rocher branlant, ouf une bonne protection sur friend. J'ai eu la bonne idée de prendre ma pioche au baudard ainsi que de tirer le vieux bout de corde. Un vieux piton qui traîne. Je le retape vigoureusement et place un friend à côté puis fixe le bout de corde direct au piton. Cela permet ainsi un va-et-vient commode entre l'écaille où s'est coincée la corde et la terrasse où sont les copains. Je clippe ma corde dans le friend et me laisse descendre sur la corde fixe pour aller décoincer. Le friend se déclippe ! Je glisse sur deux mètres et me retiens avec les mains sur la corde fixe. Ni Laura (qui me voit tomber mais avec plus de mou dans sa corde !?) ni moi n'avons compris tout de suite ce qui se passait mais enfin, tout va bien. Je décoince la corde puis revient. Une heure de plus de perdue.

Continuons. Nous sommes de plus en plus suspendus au milieu des nuages. Le village dans les nuages et Casimir ne sont plus très loin. Manque tout de même la marmaille nue. Dans un écrin. On n'était pas sensés être dans le massif du Mont-Blanc ? Sûrement un autre coup de la ligue. La lumière diminue doucement. Nouveaux rappels. Ce coup-ci, nous en sommes aux prières et autres incantations vaudou pour ne pas coincer une nouvelle fois. Régulièrement, on essaie de deviner à travers les nuages et les lignes de crêtes la suite de la course, de comprendre où nous en sommes. Dernier rappel avant de rejoindre une vaste croupe où l'on aperçoit des emplacements de bivouac. La lumière devient assez faible, c'est ici que nous allons dormir. On voit l'aiguille du Fou un peu plus loin. L'un de nous est convaincu de ne pas avoir passé le Caïman. D'ailleurs, il doit s'escalader dans le topo et on n'est pas passé à proximité d'un sommet depuis le Plan. Mais tout de même le Fou semble proche. La conclusion du conciliabule à quatre est sans appel : nous sommes après le sommet du Caïman, au col du même nom.
C'est une demie bonne nouvelle : plus avancés que redouté mais moins qu'espéré. Au moins, le bivouac est d'un confort quatre étoiles, une par personne. On est large en intendance. Et le ciel voilé juste ce qu'il faut pour éviter de se cailler. Dans nos sacs de couchage, on se blottit les uns contre les autres. Je ne peux rêver meilleure nuit à la belle étoile. Manque plus qu'une étoile filante pour le côté onirique...

Une bonne nuit est toujours trop courte. Réveil. Le temps du petit déjeuner et des préparatifs sont plus longs qu'en refuge, normal. On se met en route vers 7h00. Et il nous faudra trois heures pour atteindre le pied du Fou. Les copains m'attendent et tournent leurs regards sur moi. Ce coup-ci, c'est mon tour. D'un coup, je me sens un peu le guide du groupe. Des paroles de Bunny me viennent en tête. Il va falloir faire mon maximum... pourvu que ça leur plaise ! On n'est toujours pas en avance. Les deux premières longueurs passent avec deux pas d'artif, pas le temps d'essayer en libre, le sac pèse ici vraiment son poids. Il s'agit d'être efficace. Le cheminement devient un peu moins clair. Non, tout va bien. On enchaîne vers le pied d'un mur fracturé où tout semble sableux. C'est ici que ça s'est éboulé récemment : 20 mètres de partis. Ça n'a pas l'air plus solide en dessous. J'essaie de me faire léger (sic !), protège à tout-va en me demandant si seulement un point tiendrait en cas de chute. J'ai du sable dans les yeux, la bouche, les oreilles, partout. C'est par où la plage ? J'arrive un peu entamé au relais. Heureusement, le plus dur est passé. Pas de cowboy ici, juste le sentiment d'être passé dans un endroit pas drôle... Ne penser qu'à la grimpe, rester concentré. Je fais venir Laura. Elle couine un peu mais ça passe. Cette longueur du Fou donne tout le sens de son nom. Le reste est avalé gentiment.
On contourne les ciseaux. C'est par où ? Encore des hésitations d'itinéraire. Rien dans le texte des topos. Si on n'avait prêté plus d'attention au tracé de Rébuffat, on n'aurait pas hésité une seconde. Toujours lire et se redonner une leçon d'humilité. En la matière, ce n'est en l'occurrence que l'apéro. On arrive en haut du Spencer. Il est déjà 17h ? Le temps a l'air de se maintenir. Mais on n'est vraiment pas en avance. On a toujours les deux heures de retard de la veille. Peut-être même une heure de plus avec la recherche d'itinéraire. 19h, toujours pas d'orage mais pour combien de temps encore. On est au glacier des Nantillons. Il a l'air d'être en neige. Il n'est pas très long. Il y a des traces. Ça va forcément le faire. On sera juste à Chamonix un peu tard genre vers minuit.

Ah ! En fait... il y a un passage en glace. Contournement. Plus de 30 minutes pour descendre de seulement 20 mètres. La lumière diminue, on sort les frontales...

On continue. Il pleut maintenant depuis un petit moment mais pas trop fort. Ça reste un crachin breton. On atteint le rognon des Nantillons. Il fait bien nuit noire à présent. On désescalade, la pluie s'intensifie. Quelques coups de tonnerre. Merde, ça commence à craindre franchement alors qu'il ne doit pas rester 300 m de dénivelée à descendre pour rejoindre un terrain "à vache". On arrive au niveau des rappels. La face nord des Grands Charmoz se met en colère. Ravinée par la pluie, elle libère des chutes de pierre régulières, fortes, dans un fracas sourd et inquiétant. Ce ne sont plus des petits cailloux qui partent là. Il y a des mètres-cube. Comment retraverser le glacier au pied des rappels ? Mes voyants d'alerte clignotent dans ma tête depuis un petit moment. Je demande à Aurélien : "tu veux pas qu'on appelle les copains là ? Ça semble vraiment pourri, ça fait une heure et demie qu'on est sous l'orage, c'est pas comme si on n'avait pas joué le jeu mais, les chutes de pierre, je les sens vraiment pas trop". Tout le monde acquiesce. Aurélien appelle. Pour ce soir, ça risque d'être dur. Faut essayer de continuer. Aurélien et Damien font le premier rappel. Laura n'est pas loin de craquer. Et merde, pas ça,  ce n'est pas le moment. Alors j'essaie simplement de la réconforter, de la faire rire. Je sais qu'on fond d'elle, il lui reste de la ressource. Ce premier rappel s'éternise.
Damien et Aurélien hurlent : "Rémi ! On remonte ! L'hélico va venir". Nom de Zeus Marty! On dirait bien que je suis victime d'une faille spatio-temporelle ! Après trois heures de dégradation continue de notre situation, voilà enfin une bonne nouvelle. Tout le monde remonte donc sur le petit promontoire, juste au dessus du premier relais de rappel. On love les cordes, fait un relais secondaire pour accueillir un secouriste, emballe tout ce qui peut l'être. Nouvelle communication avec le PGHM : "l'hélico ne peut pas venir, il va falloir vous débrouiller tout seuls, vous avez un créneau de 3 heures d'accalmie avant le déluge". On est tous les quatre sonnés... Rester concentrés. Le coup de fil avec le PG n'est pas fini que je commence à redéballer notre matériel de cordée. Toujours bouger et rester mobilisés. Il faut traverser le glacier coûte que coûte. D'ailleurs, les chutes de pierre ne se sont-elles pas un peu calmées depuis quelques minutes ? On est au bord du glacier en deux rappels.

Aurélien attaque la traversée dans le noir, vers l'inconnu. Vers la délivrance ? "Pierres !!!" Damien, Laura et moi restons interdits. Il est potentiellement dans l'axe et ça vient de nouveau de se décrocher sévère dans les Charmoz. On perçoit sa frontale revenir à vive allure malgré la glace vive : 15 minutes pour y aller, 2 pour revenir ! Aurélien aussi, a de la ressource. Plus question de traversée. Que faire ? On tergiverse un peu. Je démarre une lunule pour ne pas rester inactif mais je sens bien que les autres ne sont pas chaud dans le noir. OK: on ne peut plus rien faire. Il faut donc bivouaquer au bord du rognon. Et arrêter de rester dans l'axe des séracs supérieurs. On retourne à la mauvaise vire. Il nous reste 45 minutes avant le déluge. On éloigne et on emballe autant que possible la quincaillerie métallique. On sort les affaires de bivouac. La pluie est déjà bien présente. On a une vire de 2 à 2,5 mètres de longs sur 60 de large pour quatre, 2 grandes couvertures de survie. On va se serrer. Damien, héroïque alors que nous sommes tous déjà un peu recroquevillés et abrités, a juste le temps de nous faire une soupe chaude avant le déluge. La foudre s'abat maintenant sur les sommets alentours. J'ai passé à Laura mes gants secs imperméables et mon duvet. On se serre plus que jamais les contre les autres sous les couvertures de survie. On communique régulièrement avec le planton du PG. Les nouvelles ne sont pas bonnes : une quasi-certitude que l'hélico ne pourra pas voler, peu d'espoir d'une caravane terrestre, a fortiori rapidement. Une météo mauvaise jusqu'au lendemain (jeudi au moins donc) avec un isotherme 0°C annoncé en baisse continue sur la journée qui commence de mercredi. Il va falloir se bouger et trouver une solution. On est trempés jusqu'aux os, bien affaiblis, et ces perspectives ne peuvent nous laisser envisager la possibilité d'un bivouac supplémentaire sans sérieuses conséquences. Une mauvaise nuit est toujours trop longue...

Trouver une solution, oui ! Mais aussi préserver ses cartouches ! Il s'agirait d'éviter toute débauche d'énergie qui se révélerait être un échec. On a pas la force pour faire beaucoup de tentatives différentes. Nouveau coup de fil du PG. Aurélien nous annonce : "l'hélico est là dans 30 minutes. Si vous ne voulez pas abandonner vos affaires, il faut les préparer maintenant !" : on s'active ! Pourtant, pas question cette fois de céder à l'euphorie. Le ciel peut de nouveau se boucher et empêcher le vol. 25 minutes passent. Un claquement d'air... aussi imperceptible que la lumière... d'une étoile, d'une étoile filante. Je chante à Laura : "I believe I can fly". Elle sourit, rit même. L'hélico est là ! Il monte vers nous, hélico presto ;). Aurélien et moi nous dressons les bras en V (ndlr: le signe international de demande de secours). Ce coup-ci, plus de doute, la même émotion que deux ans auparavant m'envahit. Je contiens difficilement les larmes. Le secouriste est à nos côtés. Laura est treuillée la première : quel soulagement de la voir enfin sauvée ! Suivent Damien et Aurélien. L'hélico fait une rotation vers le plan pour aller déposer le petit monde avant de nous récupérer, le secouriste et moi. Les nuages se referment. Un moment de doute à nouveau mais tellement moins de pression. Au pire, nous ne sommes que deux à devoir redescendre dont un mec entraîné, réchauffé et en forme. Le bruit du rotor se fait de nouveau entendre. Je vois le phare de l'hélicoptère avant de le voir lui-même. Superbe maîtrise de l'équipage. Nouvelle sensation d'être littéralement arraché à un sombre destin, juste à temps, que cinq minutes plus tard, ce n'était plus possible. On ne peut que remercier chaleureusement un tel professionnalisme. Merci au pilote, au mécanicien, aux deux secouristes. Merci les amis, pour cette aventure qui se termine bien, et surtout sans bobo.


Quelques jours plus tard.
Je raconte notre histoire à ma grand-mère Mamita, 97 ans, sans omettre le moindre détail. Elle m'écoute, attentive, et finit par offrir la conclusion parfaite à ce récit en me citant Périclès : "dans les situations difficiles, la liberté, c'est toujours le courage".
Je te remercie.


Dis Papa, pourquoi tu grimpes ?

_ Toute ressemblance avec une course récente serait purement fortuite _

"Alors, vous êtes finalement rentrés ?" Ainsi s'exprime Raoul, gardien du refuge du Sélé nous voyant arriver à la tombée de la nuit après avoir gravi la voie Livanos à l'aiguille de Sialouze. "Bah oui" répondis-je, "c'est que nous avons pris notre temps. Regarder les fleurs, les chamois et les marmottes, ça prend du temps". Bon j'ai peut-être un peu brodé sur les marmottes mais il n'est pas sensé savoir ! Et puis on en a entendu tout de même alors ça vaut bien… Je sens que l'excuse n'est pas encore assez poussée, faut en rajouter à fond: je lui explique alors qu'on était chacun tellement bien élevés qu'on a passé notre temps à se donner la politesse pour grimper: "vas-y, c'est ton tour", "non après toi j'insiste, la longueur est trop belle pour moi", "je n'en ferai rien, tu la mérites tellement". Et merde, ça y est, c'est too much et ça se voit. Raoul et son collègues sont hilares...

Plus aucune crédibilité. Pourtant ça s'est presque passé comme ça. Et puis ils ont beau jeu de rire, on était six au refuge d'abord ! L'avocat de Raoul dit qu'il ne voit pas le rapport. C'est pourtant simple : comme il n'y a plus grand monde, on applique la veille maxime "rien ne sert de courir, il faut partir à point". Il n'a pas complètement tort. L'aiguille de Sialouze est un sommet de "proximité", seulement deux heures d'approche, et dont la face ne prend pas le soleil avant 11h. Reste qu'en se réveillant à 7h, le topo donnant 5 à 7h d'escalade, il devient compliqué d'espérer être de retour avant 20 h au refuge.

"Oui enfin on a grimpé quand-même. C'est un peu mesquin tes calculs horaires là". Ah ! Oui c'est ça, une nouvelle voie dans l'oreillette de mon blog (pour ceux qui n'ont n'en ont pas encore, c'est normal, c'est un prototype nouveau qui vient de sortir, ça vient des States, soyez pas jaloux), la voix donc de Laura, ma partenaire de cordée sur la course. "Oui ? hum.. ah, ok !". Oui, pour expliquer aux lecteurs, Laura est un peu la princesse Altani du Quatar version montagne, elle parle français mais elle parle pas à toi (faut avoir suivi un peu les guignols pour la choper cette vanne pourrie-là) ! Donc Laura me dit que … "hein quoi ?" Non je n'avouerai jamais ça. Il y a des choses qui doivent rester dans la confidence de la cordée. Pas question. "Si c'est pas moi qui le dit c'est toi ?" Je vois le genre. Du chantage maintenant, c'est pas joli joli tout ça.

Alors. 3-4. "♪ ♫ Lolita nie en bloc…Pierre! non, pas toi. caillou !… aïe hibou, genou, chou" ok c'est bon on arrête tout, elle est complètement con cette chanson. Oui je sors ! Mais je fais comment pour raconter la suite ? Bon je re-rentre. Ok, ok, je vais le dire puisqu'il faut tout balancer. Donc oui Laura s'est trompé à l'attaque de la voie et du coup on est passé à droite des 2 premières longeurs… "Quoi encore ? C'est moi qui a attaqué la voie ?" Bon donc oui : je ME suis trompé (mumfh - n'empêche que c'est toi qui était devant à l'approche - j'l'aipasdit) alors on a perdu quelques minutes-là.

Et puis j'ai régulièrement perdu quelques minutes à regarder le topo. Et encore une bonne dizaine à l'attaque du 5+ expo de la 4ème longueur. Ça, c'était le crux mental de la voie. On part au dessus d'une vire. Il y a des prises mais aucune fissure et aucun piton sur 10 ou 15 mètres. Bref, il faut engager, rester concentré et être bien dans sa tête… Prendre le temps de lire le meilleur passage aussi.
Mais, dans le fond, la météo était belle ce jour-là, l'ambiance tout autant. Alors pourquoi jouer un chronomètre qui n'est dès lors plus qu'un contresens au plaisir d'être en montagne. En cordée à deux, on ne se voit que le temps de se passer le matériel aux relais. Autant dire que la course prend aussi une dimension de voyage intérieur. Les songes grandissent aux relais, pendant l'assurage et les manips. Caressé par la chaleur du soleil, on peut s'y adonner, paisiblement...






- Dis Papa, pourquoi tu grimpes ?
La gamine avait bien grandi ces dernières années. A six ans, elle avait déjà le regard d'une personnalité décidée. Et elle avait posé cette question à son père avec autant de commandement que d'ingénuité, en vissant son regard noisette pétillant de malice dans les yeux de son père. Concernant ce dernier, cela faisait vingt ans qu'il arpentait toutes les parois qui se présentaient à lui sans se poser la question - se l'était-il jamais posé ? Un instant, la réponse de Mallory lui revint en mémoire - "parce qu'elle est là" - parce que la montagne existe. Mais il savait que cette réponse ne conviendrait pas à sa fille. Alors il lui dit ceci :
- Tu vois, la vie c'est une aventure, tu ne sais jamais ce qu'il va se passer dans le futur, même si tu prévois des choses. Et grimper, c'est une grande aventure. Donc pour moi, c'est vivre complètement. Tu prévois une sortie sur une montagne mais tu ne sais pas comment elle va être. Comment tu vas te sentir face à elle, et comment ça va se passer avec ton partenaire de cordée. C'est la boîte de chocolats de Forrest Gump. Je te ferai voir le film un jour :-). Et surtout, comme c'est parfois difficile d'escalader, tu es obligé d'être sincère avec toi et avec ton partenaire. Du coup, tu vis de bons moments qui n'existent pas forcément dans le monde d'en-bas. Là où tu peux te cacher sans dévoiler qui tu es vraiment.
- Comme quoi par exemple ? dit la petite fille.
- Et bien c'est comme cela que j'ai rencontré ta maman par exemple. Et c'est comme ça que tu es née.
- Ah oui c'est bien ça alors.
- N'est-ce pas hein ? C'était une belle journée d'été sur une belle paroi. Tu vois, grimper, c'est tout ça. C'est de bons moments, de belles recentres. Certaines qui durent le temps d'une escalade, d'autres beaucoup plus. Mais toujours avec un plaisir partagé.




Laura arrive de nouveau au relais. Je quitte mes songes pour les manips d'usage. Peut-être était-ce un peu son histoire. Après tout, ses parents sont de bons grimpeurs. Cela était assez plausible. L'histoire ne le dit pas. Je songe encore : peut-être que ce sera un jour mon histoire, il paraît que j'ai encore plein de temps pour que ça m'arrive…
Ce n'est un qu'un songe. Songe d'une journée d'été. Une belle journée d'escalade sur un beau rocher.




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NB : si Raoul venait à lire ce post, je lui transmets une petite dédicace musicale "Raoul mon pitbull" - c'est la moindre des choses pour un gardien si mélomane (qui m'a fait découvrir Girls in Hawaï), un autre songe qui m'a bercé pour m'endormir au refuge



NB2 : les photos de la sortie sont, comme toujours, à l'endroit habituel.

2012, Sialouze

Et voilà ^^  :-p


Meije regrimperai bien un peu de dessert moi

Il y a des lieux où la nature est belle, où les gens sont sympas, où tout le monde est heureux d'être là, de discuter ensemble et de partager un bon moment. Si tu ne veux pas grimper à la Meije, grimpe tout de même au refuge du Promontoire. La cuisine est aussi savoureuse que généreuse, avec ce supplément d'âme qui donne envie de rester... ou de revenir !

C'est ce que nous avons fait avec Damien. Venus une première fois en juillet, nous réalisons la voie des Marseillais et redescendons sous l'orage. Le lendemain, ce sera donc le but météo pour aller à la "PA" comme dit AC (non pas DC, ça y est je relance le concours du calembours pourri et je suis en forme !), la voie Allain/Leininger pour les autres. Il en faut plus pour nous démotiver mouhahah ! Nous revenons donc en ce début août avec un beau temps stable aussi affirmé que nos intentions.

Au menu, soupe de légumes moulinés maison puis émincés de poulet à la provençale (cumin, herbes de provence, tomates, oignons): ça fait kebab dit comme ça mais c'est vachement "chkro-bon". Ça change de la saucisse-lentilles du refuge du s... non j'l'ai pas dit, je ne parlerai qu'en présence de mon avocat sous la torture et l'exil contraint à ouvrir une pizzéria en Argentine ! Bref, on s'est dit que le guide rouge des refuges n'était pas encore sorti; et, pétris par l'appât du gain, on tenait là certainement un filon juteux (oui, ou goûtu puisqu'il faut tenir le quota de jeux de mots à la con). Bon à ce jeu-là, le Promontoire obtient évidemment les félicitations du jury, c'est l'apéro qui permet de passer au-delà de la mention Très Bien... merveilleuse connaissance de la clientèle que nous sommes !

Allez, fini les palabres, on n'est pas là pour enfiler des perles, z'avez qu'à y monter si vous voulez y goûter, vindieu (juste un doigt). Pour d'autres informations, consultez http://www.refugedupromontoire.com/


... réveil à 4 h. Pas assez dormi, stress de l'enjeu ou autre facteur de déconcentration, la question reste ouverte. On part sous une belle fin de nuit étoilée et sans coincer les rappels au crapaud. Nous n'étions pas la 10è cordée statistique et ça nous va bien comme ça. Damien attaque. Je prends la 2è longueur qui sort au fauteuil. Et merde je suis taquet, tirage de fou, pourquoi je me suis pas arrêté plus tôt ou n'ai fait de la corde tendue ? Nausée, fatigue. C'est pas vrai, ça ressemble encore à un MAM. Normal, j'ai juste passé 6 nuits en altitude ces 3 dernières semaines et je suis juste affûté comme jamais avec le passage du proba la semaine d'avant. Ce coup-ci c'est décidé, je vais consulter Cauchy quand je rentre. Bon il ne reste que 770 m d'escalade à grimper sur les 800 que compte la voie, ça va le faire... avec un petit Diamox quand même d'ici à ce que j'ai compris ce qui se passe.

Damien passe le fauteuil, je commence à respirer de nouveau. Il faudra atteindre la cheminée verte pour que les signes cliniques zarbi me fichent enfin la paix. De là, la course n'est plus que du bonheur et, à vrai dire, les images se passent de commentaires (comme d'habitude, elles sont ici). Alors, alors, il faut bien raconter la fin tout de même. On atteint le sommet vers 16h30, et le refuge de l'Aigle vers 21h45, dont on remercie là aussi très chaleureusement l'accueil tardif avec une soupe au goût de foie gras en ces circonstances de fin de journée un peu déshydratée, et affamée (mention spéciale dans le futur guide rouge).

Le lendemain, le jour se lève. Un ciel radieux. Le doigt de Dieu. Si les grecs ou les romains avaient eu un Dieu pour les alpinistes, mon petit doigt me dit qu'il aurait élu demeure autour de cette montagne (sans calembours cette fois).




Débuter en montagne: la revanche au Grépon

Souvenez-vous ce qui constitua sans doute mon expérience la plus forte en montagne, à l'automne dernier : voir ici pour un récit de cet épisode.

Vue du ciel depuis la brèche Balfour, lieu de notre bivouac en Octobre 2011

Une telle déroute ne pouvait rester sans retour, pour chercher une réponse, des réponses. Comment une sortie en montagne avait-elle pu merder à ce point-là ?
Des réponses, j'en avait pourtant trouvé quelques-unes ici. Mais demeuraient ancrées dans ma conscience les questions des secouristes au moment du premier contact "Pourquoi n'avez-vous pas fait demi-tour ?" puis au moment du sauvetage "Vous êtes en bonne santé, vous êtes sûr de ne pas vouloir descendre par vos propres moyens ?". Des questions hantées. Le sentiment d'avoir fait en définitive le bon choix (l'appel des secours) mais de ne pas pouvoir complètement l'expliquer, rationnellement.

Il n'y a pas 36 solutions pour répondre à de telles questions. Il faut y retourner. Avec le même compagnon de cordée. En capitalisant sur les erreurs identifiées pour que la sortie se passe différemment. Le mois de juillet. C'est la saison idéale pour cette course.
Lundi 11 juillet, nous remontons donc, Jean et moi, vers le refuge de l'Envers des Aiguilles...



11 juillet 2011
L'approche se fait bien. Sans se presser jusqu'à se mettre dans le rouge, nous sommes nettement plus rapides qu'en octobre. Deux heures et quart contre un peu plus de trois heures: c'est bon signe. De plus, le refuge est gardé ce qui évite une logistique alimentaire en plus: c'est plus facile.


12 juillet 2011
Nous nous réveillons à 3h, soit 2h plus tôt. Nous savons la course longue ! Je me dis par rapport à la précédente tentative que nous avons bien des atouts:
- nous connaissons le terrain ce qui permet d'éviter de perdre du temps sur la recherche d'un itinéraire parfois paumatoire.
- nous partons donc plus tôt
- il fait plus beau, plus chaud et les journées sont bien plus longues en cette saison ce qui permet d'éviter de "bouffer des calories".
- l'itinéraire est en bien meilleures conditions : il n'y aura a priori pas de neige du tout ce coup-ci à traverser dans la grimpe.

Pourtant, peu avant l'attaque de la voie proprement dite vers 5h du matin, au passage de la rimaye (la crevasse qui sépare le glacier de la paroi), un doute me saisit. Des cumulus sont déjà formés sur la Verte et les Grandes Jorasses, il fait vraiment chaud pour l'horaire matinal, la météo prévoit un risque orageux en fin de journée... Ne faut-il pas mieux abandonner tout de suite plutôt que de risquer de nouveau une issue délicate. Non ! Pas cette fois ! Nous avons les solides atouts énumérés ci-avant !

J'ai prévenu Jean. L'escalade n'est jamais très dure (IV, rarement V sur les dernières longueurs). On doit donc faire beaucoup de corde tendue (c'est-à-dire progresser simultanément en s'interdisant la chute, bien que la corde soit en général toujours fixé à un coinceur ou un piton) ! Je m'engage et file essayant de tenir à peu près le rythme des autres cordées qui nous entourent. Jean rouspète une ou deux fois pour réclamer un assurage en longueurs. En réalité, je fais parfois des mini-longueurs lorsque j'estime un passage (toujours court) technique. Mais je suis sûr de son niveau d'escalade, sûr du mien aussi et par dessus tout sûr que la moindre sécurité de la progression en corde tendue fait gagner beaucoup de temps, qui est un gage de sécurité accrue au final sur une course d'ampleur comme celle-ci ! (moins de temps => moins de fatigue => plus de lucidité ...)

Le sommet du Grépon: enfin !

Le "chrono" tombe. Il nous a fallu huit petites heures pour atteindre le sommet. Presque moitié moins de temps que lors de notre tentative malheureuse ! De ce fait, ce coup-ci nous aurons le loisir d'une descente vigilante mais tranquille pour rallier la gare intermédiaire du téléphérique de l'aiguille du midi. Nous aurons une benne de retour bien avant l'heure de la dernière : bref, ce coup-ci, on a eu de la marge et ça a tout changé.

Le tracé de l'itinéraire de montée dans quelque 800 mètres de face



Epilogue
J'avais jusqu'à présent "l'intime conviction" d'avoir fait le bon choix en appelant les secours mais ne pouvait l'expliquer ou le justifier. Ce retour m'a permis de trouver de nombreuses explications supplémentaires et essentielles :
- Oui le projet était foireux en octobre. La voie n'était plus en conditions ce jour-là : beaucoup trop de neige un peu partout sur l'itinéraire et notamment la descente versant nord qui aurait présenté un aléa majeur auquel je suis maintenant content, en connaissance de cause, d'avoir renoncé.
- Peut-être était-ce la neige aussi qui m'a induit en cela mais le fait est que j'ai fait de lourdes erreurs d'itinéraire dans la première tentative, erreurs qui nous ont conduits dans des difficultés beaucoup plus soutenues que l'itinéraire "normal". En particulier, nous avons certainement grimpé 50 à 80 mètres en trop avant le rappel intermédiaire. Ce passage dur en a induit un autre encore plus dur en mixte juste après en octobre. Bref, notre fatigue et notre lenteur d'octobre s'en sont trouvées démultipliées.
- Aveuglement de finir une course pour ma liste du guide ? Peut-être ... Toujours est-il que la comparaison entre les horaires des deux sorties m'incite à penser que nous étions "hors temps" dès la première moitié de la course et que cela aurait du m'alerter plus vite.
- Assurément, nous étions en meilleure forme ce coup-ci comme en témoigne les horaires resserrés mais aussi le fait que je n'ai pas eu besoin de sortir les chaussons :)

Le tracé de la descente depuis la brèche Balfour pour rejoindre le glacier

La boucle est bouclée. Je peux enfin dormir sans plus être tiraillé de questions sur cet échec automnal et tiens aussi à remercier mon entourage qui m'a toujours conforté dans ces choix difficiles que j'espère ne pas avoir à renouveler dans ma carrière d'alpiniste.

Les deux cailloux sur lesquels nous avons passé la nuit en octobre: vraiment pas grand !

 NB: D'autres photos sont visibles ici dans l'album Grépon-mer de glace 12/07/2011.

Et finalement vint la Verte

Mercredi 23 février 2011
J'ai toujours ces fourmis à la con dans la dernière phalange de l'annulaire gauche et de l'auriculaire droit. Il paraît que cette perte de sensibilité ne peut être que temporaire. De toute manière, il n'y a pas de raison que cela ne revienne pas, c'est juste un peu plus long que d'habitude... D'ailleurs, je les sens un plus qu'il y a deux semaines.

Vendredi 4 février
Olivier : ça va tes mains ?
Moi : oui, pas de souci mais je manque de sensibilité sur 2 phalanges mais t'inquiètes. Je sens des fourmis. C'est que c'est dans la bonne voie :)
Olivier : méfies-toi, si ça a gelé, c'est pas génial quand même...
Moi: non, il n'y a pas de raison. Et puis mes doigts n'ont pas changé de couleur. Allez, repose-toi bien et à une prochaine. C'était classe cette course.
Olivier : repose-toi bien aussi. Salut.


"Avant la Verte, on est alpiniste. A la Verte, on devient montagnard" G. Rébuffat. Tout ceux qui gravissent pour la première fois cette cîme ne manquent en général jamais l'occasion de ressortir cette citation, à mis chemin entre l'éxégète montagnard et le grigri vaudou. Quand on y réfléchit un peu, cette phrase n'est pourtant pas si lumineuse. D'ailleurs, l'inverse marcherait aussi : "Avant la Verte, on est montagnard. A la Verte, on devient alpiniste". Bref, Rébuffat, brillant alpiniste et inspirateur de nombreuses vocations n'a en réalité rien inventé à la Verte. Ce n'est pas parce que la phrase est jolie que la montagne est belle; elle l'était bien avant !


Mercredi 2 février
"Allo Olivier, c'est Rémi, toujours motivé ? Bon on se retrouve à 8h30 pour la première benne. On a qu'à prendre ma corde et tes broches. C'est tout bon ? Alors à demain". Curieux comme l'hiver modifie les paramètres de la pratique de l'alpinisme. Départ de jour alors que les jours sont courts mais sans nuit désagréable dans un refuge d'hiver mal appareillé en couvertures ou dans la gare d'arrivée du téléphérique des grands-montets exposée aux quatre vents.


Jeudi 3 février
Oui, on part un peu tard par rapport à l'ampleur de la course mais bien reposés et en pleine forme. Le temps de longer à skis la face nord des grands montets.

A partir de là, c'est à pied pour aller jusqu'à la rimaye

On est à la rimaye à 10h. Olivier la franchit puis me laisse la main. Je galère pendant 50 mètres dans de la neige peu portante puis trouve une trace qui "déroule" mieux. Nous avons convenu d'un commun accord de faire une course dans les règles de l'art question sécurité. Le couloir Couturier est en effet limite en glace ou neige polystyrène en fonction des sections. Hormis quelques lunules (5-6 en tout; lunules: tunnels creusés dans la glace dans lesquels on glisse des cordelettes pour faire des points d'assurance), on broche donc régulièrement (tout les 20 à 35 mètres) tout en progressant corde tendue. Cela nous ralentit pas mal mais au moins, nous ne faisons aucune concession sur la sécurité. Et puis il fait beau, pas très froid (entre -5°C et -10°C) et il y a peu de vent. Je grimpe un petit tiers du couloir avant de repasser la main à Olivier faute de broches pour continuer. Soit jusqu'à l'étroiture ou le terrain se redresse un peu.

Olivier me rejoint...
... puis reprend la tête

A ce moment, nous pensons encore être sur un bon rythme. Je reprends de nouveau la tête mais oublie de remettre mon tuyau pipette dans la poche de ma veste. En un quart d'heure, il est définitivement gelé. Heureusement, nous avons encore chacun un thermos :) . Il est déjà 15h30. Olivier reprend la tête pour finir le dernier quart.
Lorsque nous atteignons le sommet, il est 2h30 plus tard que l'horaire que nous avions projeté. Je m'attendais tout de même à ce qu'il y ait moins de glace. Il est 18 heures. Les deux dernières heures se sont passées dans le brouillard et un petit vent plus sensible. D'où mon petit froid aux mains. Une belle récompense toutefois: l'ambiance au sommet est incroyable et magique : une mer de nuage et un ciel brumeux baignant dans les dernières lueurs orangées de la tombée de la nuit : les mots ne suffisent pas à décrire cette lumière onirique, irréelle. Un instant de grâce total que beaucoup de grimpeurs arrivent à ressentir sur ce sommet, chacun dans des circonstances qui lui sont propres.

Olivier au sommet
Mais déjà, il est 18h15 et il faut repartir. Il ne va vraiment pas tarder à faire noir. Le début des rappels versant sud n'est distant que d'une arête de 150 mètres, 15 minutes quand c'est bien tracé. Mais ce soir-là, c'est autre chose. On sort les frontales. Côté Argentière, des pentes entièrement en glace ou neige très dur et pas mal de vent. Côté Talèfre, les 55° du départ du couloir Whymper sont en neige inconsistante, pulvérulente. Chacun son côté, comme ça, on est retenu par son collègue de l'autre côté en cas de glissade. Et j'hérite donc du côté Talèfre qui me tarife donc une bonne heure de brasse coulée dans la neige à chercher des appuis précaires en enfonçant mes deux poings pour percer une croûte de neige dure enfouie et ainsi mieux tenir.

Il est vingt heures lorsque nous démarrons enfin les rappels. Mais nous sommes loin d'être au bout. "Allo Carole, oui il est 20h30 et nous sommes encore à 3900 m mais le moral est bon et tout va bien, ne t'inquiètes pas". Au bout du fil, Carole oscille entre être rassurée par mon coup de fil et être inquiète de nous savoir encore là-haut. Il nous faudra attendre 0h30 pour enfin passer la rimaye. Le Whymper a beau ne faire "que" 600 m (le Couturier en fait 1000 m), c'est tout de même bien long en rappels. On avance définitivement en mode tracteurs. On chausse nos skis à 1h00 et goûtons enfin au plaisir de descendre sans trop d'efforts. Passé le petit couloir, qui permet de rejoindre le glacier de Leschaux depuis Talèfre, on se retrouve sur une quasi-piste de ski qui déroule bien jusqu'à la langue terminale de la mer de glace.
Là, la saison sans neige ne fait cruellement sentir. On est obligé de remettre les crampons pour monter aux Mottets ! On arrive enfin à Chamonix à 4h30. La "journée" commence à être longue mais [voix Jean Gabin]: "Quand on aime on n' compte pas". Dernier petit hic : Olivier a laissé ses clefs de bagnole dans ma voiture... à Argentière. Le stop, ça marche pas top... surtout à 4h30 ! Heureusement, un gardien de nuit très sympathique nous prêtera sa voiture pour aller chercher la nôtre ;) On le remercie encore.
A 7h00, j'arrive à la maison juste à temps pour petit-déjeuner avec Carole: tout est dans le timing.

Chardonnet 360° :)

Le ciel est gris, bas. Il pleut. Normal pour un mois de novembre. Pour retrouver un peu de lumière, voici un panorama concocté du Chardonnet il y a 15 jours, quand il ne pleuvait pas.

A peluche,


"Quelques leçons tirées de la crise" *

* Ce titre est emprunté à un livre de Georges Soros et dont je vous recommande vivement la lecture tant sa vision du capitalisme financier est pertinente - aucun lien.

A la suite de notre aventure au Grépon avec Jean (voir ce billet), je me suis posé beaucoup de questions sur ce qui avait conduit à faire appel aux secours plutôt que de s'en sortir seuls, mais aussi sur les erreurs que nous avions pu faire. Y a-t-il eu faute ? Suis-je plus responsable ? Est-ce Jean, mon cousin, ami, et compagnon sur cette course ? Ces questions sont-elles si saines, aussi ?


Ordonner les priorités
En y repensant, en refaisant le déroulement de la course, on identifie très vite les petits râtés, toutes les petites pertes de temps d'une minute à un quart d'heure et qui s'additionnent à la fin de la journée, qui font que l'on se retrouve dans une situation complexe. Mais toutes ces petites choses n'ont pas la même valeur. Jean a par exemple perdu deux fois sa frontale n'occasionnant qu'une perte de temps minime, mais la perte des piles a rendu la deuxième fois assez déterminante car le retour de nuit était dès lors exclu.
En montagne, un autre compagnon de cordée m'a dit qu'il adoptait systématiquement la tactique du "non-coupable": la faute était forcément celle de l'autre, de la météo, des conditions, du topo, bref tout sauf la sienne afin de garder un bon mental. Si je trouve un certain intérêt à cette théorie dans les dysfonctionnements mineurs, elle me semble moins applicable en cas de problème plus important ce qui était le cas ici puisque nous avons dû faire appel à une aide extérieure. Il me faudrait donc aussi établir ma responsabilité, pas pour me culpabiliser, mais pour comprendre, pour apprendre de mes erreurs.

L'erreur originelle
Une course en montagne est toujours source d'inconnue et d'imprévus. Puis-je, raisonnablement, penser que l'échec est dû à des conditions pas tout à fait optimales (3 longueurs neige/mixte) ? Aux lenteurs de Jean dans certaines manips ? La réponse est évidemment dans la question. Bien sûr, si tout cela avait été mieux, on aurait sans doute fini la course. Mais peut-on tabler sur le fait que tout "se déroule sans accroc" lorsque l'on part en montagne ? Je ne suis pas l'agence tout risques. J'aurai donc du prévoir plus et plus large; donc comprendre que je choisissais une course trop longue par rapport à l'expérience de mon second de cordée. De toute évidence, Jean manquait encore un peu de vécu pour avoir la vitesse d'exécution suffisante au parcours de cet itinéraire de grande ampleur. Comprendre que ma motivation à finir ma liste de courses prenait le pas sur des considérations objectives qui devraient rester en toutes circonstances le lieu de la décision d'y aller ou pas.

Le déroulement de la course
Je l'ai déjà longuement narré. Tout ne s'est pas parfaitement passé (sic). Pourtant, il me paraît utile de décrypter ce déroulement pour analyser ce que j'aurais pu améliorer de mon côté et ce que Jean aurait pu du sien. J'espère qu'il trouvera le temps de lire, corriger et compléter cette analyse de son propre regard :) . En repensant à l'organisation de la course, je constate que j'avais un rôle de "guide" et Jean de "client". Or, grimpant avant tout dans un contexte amical et souvent avec des personnes très expérimentées, je ne suis pas forcément rentré dans le rôle de leader de sorte que je supposais vraisemblablement à tort que Jean m'opposerai un point de vue s'il considérait que la course n'allait pas dans le bon sens, assez vite, était trop dure. Or, lui-même était, je m'avance un peu, sans doute dans un état de confiance relativement passive vis-à-vis de moi qui représentait dans notre cordée "l'aura de l'expérience", chose dont il faut tant se méfier au quotidien en montagne !


Mes enseignements
En tant que 1er de cordée, j'ai souvent donné des indications à Jean durant la course "rho fait gaffe à ta frontale quand-même" ou encore "allez Jean, faut aller plus vite". Mais au delà de ces indications parfois (souvent ?) mal formulées, je m'aperçois que j'ai anticipé assez peu de situations pour mon "client". Ainsi, j'aurais dû valider 100% sûr que ses crampons était impeccablement réglés dès la veille le soir au refuge (10 min de gagnées). Au premier tomber de sa lampe frontale, j'aurais dû m'interroger et l'interroger sur sa manière de la fixer pour en trouver une plus fiable avec lui ce qui aurait évité de perdre les piles. J'aurai du être plus didactique sur l'escalade mixte, comment accrocher ses crampons à son harnais pour ne pas perdre de temps à les ranger dans son sac en cours de longueur (faire ça dans le confort du relais permet aussi de gagner du temps, ici encore 10 minutes).
A force de vouloir m'alléger, j'ai laissé ma cartouche de gaz au refuge ce qui n'était manifestement pas la bonne idée.


Des enseignements pour Jean
En réalité, une fois que la répartition des rôles "second et premier de cordée" est claire, les leçons peuvent sembler limitées. Il n'en est rien. Si le second laisse au premier la conduite et le rythme du cheminement, Jean, assez accroché à l'alpinisme à présent, ne doit pas passer à côté de son introspection pour gagner en autonomie. Comment avoir des gestes plus fiables et plus rapides pour se vacher, se dévacher des relais et démonter ces derniers (souvent plusieurs minutes perdues au lieu d'une poignée de secondes) ? Comment gérer efficacement des équipements vitaux comme la frontale ou les crampons sans fausse note ? Bien sûr Jean, j'espère que l'on pourra aussi rediscuter cela dans le futur et, comme je le disais au paragraphe précédent, je manque parfois d'accompagnement pour t'aider à acquérir certains gestes qui, automatisés, permettent de gagner du temps.

Quelques facteurs supplémentaires
La présence de neige durant trois longueurs nous a fait perdre environ 1h30 à 2h. Pourtant, les indications de conditions du terrain (informations auprès de l'office de Haute Montagne de Chamonix) et même les repérages visuels lors de la montée au refuge la veille ne permettaient pas d'anticiper que la neige serait présente dans ces quantités. De plus, la bonne averse sous le sommet nous a repris 30 minutes supplémentaires avant la sortie à la brêche.
Certes, dans une course, on peut anticiper un temps de marge sur l'horaire que l'on attribue aux imprévus. Toutefois, l'addition trop importante de ces imprévus ne peut être prévue ! Ainsi, ces deux heures de retard ont beaucoup joué dans notre échec final.


L'appel des secours
Fallait-il les appeler ? Pour prendre conseil de toute manière, oui ! Il serait simplement idiot de s'en passer. Mais après. Fallait-il leur demander de venir ? Nous n'étions pas blessés ni malades, simplement harassés par le combat qui venait de se jouer durant la course. Lorsque j'ai expliqué la situation aux secouristes, j'ai été frappé par l'absence de jugement de valeur de leur part sur notre appel. La vérité en est simple : cette décision est personnelle, quasiment intime et est difficilement jugeable de l'extérieur pour qui n'a pas vécu la situation. Autant il apparaît clair que j'aurai dû éviter de choisir cet itinéraire avec ce compagnon de cordée, autant la décision d'appel aux secours nous appartient et nos motivations peuvent difficilement être remises en cause.
A fins d'explications, voici toutefois les éléments qui ont conduit cette décision.
- Au sortir à la brêche à la nuit tombante, nous étions certes très fatigués mais, avec une lumière chacun, il m'aurait sans doute paru plus sage d'entamer la descente sur l'autre versant de sorte que nous aurions sans doute terminé la course dans "l'élan de la journée". Mais j'avais déjà vécu quelques années avant une descente sans frontale et je jugeais cela trop dangereux pour Jean. Dès lors, le bivouac s'imposait.
- Au petit matin, la question aurait pu de nouveau se poser mais mon erreur sur le gaz a fait que nous n'avons pu nous réchauffer avec un thé, ni fondre de la neige pour avoir de quoi boire. De fait, nous avions épuisés nos réserves de liquide durant la nuit. Sans ces remontants et à notre niveau de fatigue, il me semblait là aussi présomptueux de notre part d'entamer une longue descente que nous ne connaissions pas sans sérieux risque d'accident. Je songeais aussi de nouveau que, en tant que leader, j'étais trop amoindri pour retenir avec certitude un éventuel faux pas de Jean. Plutôt que de risquer d'avoir à les appeler quelques dizaines de minutes plus tard mais en situation d'accident, j'ai donc préféré renoncer et appeler les secours directement, au petit matin.

Secours au Grépon - récit d'une course extra-ordinaire

Ca commence par l'envie de finir la partie mixte de ma liste de course pour présenter le probatoire d'entrée de l'ENSA. Il n'a pas neigé depuis 10 jours et chose assez inespérée, il a fait relativement chaud, j'ai donc bon espoir qu'une course comme Grépon-Mer de glace soit de nouveau en conditions (comprendre du rocher sec sans neige).
Je me rencarde donc avec Jean et c'est parti le jeudi :). Train du montenvers de 15h30, on arrive au refuge de l'Envers à 18h30. Celui-ci n'est plus gardé mais quatre personnes ayant bossé sur la réfection du toit prenne leur métro du soir, comprendre l'hélicoptère qui les ramène dans la vallée après une dure journée de labeur. Une fois partie, nous nous retrouvons seuls dans une lumière déclinant rapidement. On se prépare un bon dîner puis allons nous coucher.

Réveil à 5h00, je l'aurais bien mis plus tôt mais je crains que la rimaye (la dernière crevasse qui sépare le glacier de la montagne qui est au dessus) ne soit compliquée à franchir. S'il faut louvoyer pour trouver l'itinéraire, autant éviter la nuit noire complète, souvent synonyme de perte de temps à rechercher le passage. Comme la course est d'ampleur (850 m d'escalade), perdre du temps veut aussi dire perdre des forces inutilement avant la suite. Bref, mon choix est fait. Je laisse au refuge ma bouteille de gaz pour m'alléger au maximum...
Départ à 6h00, on descend sur le glacier de Trélaporte puis nous dirigeons vers le lobe glaciaire où se situe le départ de la voie. Jean a du mal avec ses crampons puis fait tomber sa frontale. Nous avons déjà perdu un petit quart d'heure. L'arrivée au pied se passe en revanche bien. Nous passons une première rimaye par la droite via un peu de rocher facile puis franchissons une deuxième rimaye dans sur la gauche au pied de la voie dans des éboulements de blocs de glace. On s'équipe, enfile nos chaussons et commençons à grimper à 7h20. Jean refait tomber sa frontale et y perd les piles. On n'a pas trop reperdu de temps. Le départ à froid n'est jamais simple et préférons tirer 2-3 longueurs pour débuter, la cotation est tout de même de IV/IV+. Plus haut, le rocher se couche et devient facile, nous repartons donc corde tendu. 200 m plus loin, cela redevient un poil plus dur et sur demande de Jean, nous retirons des longueurs pour "assurer le coup". On ne doit plus être très loin du rappel qui permet de prendre pied sur l'éperon marquant la deuxième partie de la voie et il est seulement 11H15. J'ai l'impression qu'on est bien dans l'horaire et qu'on avance bien.
Ceci est en partie un leurre. Nous mettons une bonne heure supplémentaire pour rejoindre le relai de rappel, assez peu confortable qui plus est. 12h15 et je m'interroge. Au point où nous sommes, le demi-tour est déjà complexe (d'autant plus que l'ai fait l'erreur de prendre une corde à simple de 60 m au lieu d'un rappel de 50 m). Je regarde la suite. Du pied du rappel. On se retrouve dans le fond d'un couloir qu'il faut quitter pour rejoindre la rive droite puis un éperon qui se dresse au dessus. Problème, il y a de la neige, beaucoup plus que je ne l'imaginais. J'indique à Jean de remettre grosses chaussures et crampons. On a 2 bonnes longueurs de mixte à faire avant de joindre le fil de l'éperon sur lequel j'ai repéré la veille que le rocher était sec. Même si on y perd du temps, je me dis que la suite devrait aller et songe que cela sera moins galère que le demi-tour. C'est donc l'option que je retiens.

En vérité, ce passage mixte m'a bien émoussé. Trois verrous successifs m'ont donné du fil à retordre avec des pas parfois engagés, parfois d'artif bien physique. Quinze mètres sous le fil, j'ôte mes crampons ce qui me permet de grimper plus facilement. Au tour de Jean de passer, je manque de présence d'esprit et du coup il garde ses crampons trop longtemps, les enlève dans un endroit malcommode et les range dans son sac au lieu de les clipper à son harnais. A l'arrivée sur le fil, nous avons perdu deux bonnes heures.
Il est environ 15h lorsque je reprends l'escalade en chaussons. Désormais, le demi-tour est simplement impossible. Nous songeons chacun à la possibilité que cette course ne se passe réellement pas bien mais nous gardons de partager notre sentiment pour rester concentrés et garder la motivation. Il faudra encore deux heures et quatres longueurs de 4b/5b pour atteindre le sommet de l'éperon. A la sortie, il faut traverser un petit collu enneigé. Je perds encore pas mal de watts. 15 mètres à franchir dans 40 cm de fraîche en chaussons, pantalon léger et mains nues (je préfère tenter de garder mes gants secs).
Au dessus, une petite dalle de 5 m puis une vire qui s'échappe à gauche avant de retrouver une vire ascendante à droite et enfin, une raide fissure cheminée pour sortir à la brêche Balfour, 20 mètres sous le sommet du Grépon.
17h30, on est sur la première vire. C'était pourtant l'heure limite qu'il nous fallait respecter pour arriver à la brêche dans des conditions correctes. La situation météo générale est au foehn et au beau temps mais depuis 2 heures, des développements nuageux se sont produits sur les Grandes Jorasses qui sont maintenant sous un grain. Celui-ci a l'air de vouloir venir nous voir. Ce coup-ci, je me décide à parler à Jean de l'orientation de la course. J'appelle les secours pour les informer et leur demander conseil. Au téléphone, le planton est super pro. Il vérifie le bulletin météo, revoit le topo de notre course et nous remonte le moral en nous invitant à sortir à la brêche. C'est vrai qu'on en est tout près. Il me demande à combien de temps j'estime notre arrivée là-haut. Je lui réponds 1h30 (soit 19h30) car j'ai conscience que nous progressons très lentement à présent. On raccroche en se disant qu'on se tient au courant.
Cinq minutes plus tard, c'est la grosse averse, je pars trop vite à droite et chinte la vire facile ascendante à droite pour la remplacer par une raide longueur de 5c dans du rocher à présent trempé.
Dernière longueur. Je suis 10 mètres sous la brêche et n'arrive plus à forcer le verrou d'un gros bloc. Après un quart d'heure d'effort, ma main finit par atteindre un vieux coin de bois d'époque. Il tient ! Je sors enfin à la brêche. Jean a juste assez de lumière pour sortir à son tour avant la nuit noire. Il est 19h25. Et on rappelle le PGHM.
Ce coup-ci, j'ai réfléchi. Entamer la descente de nuit avec une seule frontale et de plus, connaissant le peu de goût de Jean pour la désescalade, me conduisent à écarter cette option. Au téléphone, j'explique la situation: on est mouillé par l'averse, rincés par la course, sans matériel de bivouac ou presque, et on a perdu encore une demi-heure supplémentaire par rapport à notre dernier contact. Le planton est toujours aussi pro. Il m'indique qu'il va faire le tour avec les secouristes pour savoir quels actions adopter et nous rappelle. Cinq minutes passent. Jean me demande si on ne ferait pas bien de les rappeler. Je lui propose à l'inverse de faire tout comme si on allait continuer, histoire de rester dans l'action et ne pas trop se poser de questions. On organise donc nos vaches, trie le matériel, tâchons surtout de nous couvrir et de se réchauffer alors qu'il fait pratiquement nuit.

Dix minutes plus tard, le planton rappelle. Il m'explique que la procédure du PGHM est claire : si personne n'est blessé, la nuit constituant un risque supplémentaire pour les équipes de secours, on ne les engage qu'au petit matin. On va "dormir" sur place ! Et on convient donc de se rappeler au petit matin. J'appelle enfin Carole pour la tenir au courant et lui indique qu'elle peut avoir de nos nouvelles auprès du PGHM en cas de besoin.
Ce coup-ci, j'indique à Jean que nous sommes bons pour bivouaquer. Stupeur et tremblements. On finit de s'organiser; vidons les sacs du matériel que nous déposons à côté (un sac à dos est un bon tapis isolant du froid), finissons de nous couvrir, étalons la corde au mieux sur la terasse d'1,5 m2 qui nous servira à nous allonger, tâchons de nous restaurer et boire, sortons l'unique couverture de survie ainsi que le droit de soie que nous avons. Enfin, vers 20h30, nous nous préparons à dormir. On a glisser nos quatre pieds dans le drap et avons disposé la couverture de survie comme nous pouvions. Les deux premières heures, nous réussissons pas trop mal à dormir, peut-être une bonne demie heure. L'inconfort nous réveille parfois mais pas encore trop le froid. Vers 22h, une nouvelle averse démarre. Bien que petite, elle est suffisante pour mouiller le rocher et nous faire perdre de la chaleur. Vers 23h, réveil en sursaut proche de la panique, nous avons tout les deux eu au même moment le sentiment de tomber de notre rocher. On se calme. On n'a pas la place de faire de grands gestes sans être déséquilibrés et, bien qu'attachés par nos vaches, une chute serait toujours un gros désagrément suppémentaire. Le deuxième tiers de la nuit se complique. Un peu de vent envole régulièrement la couverture de survie trop petite pour envelopper deux corps correctement. Une fois, je la rattrape juste à temps d'une main alors qu'elle était complètement partie ! Le froid se fait de plus en plus piquant (bien que la nuit soit objectivement clémente pour un mois d'octobre, sans doute à peine -5°C au plus froid). Nous nous levons régulièrement pour faire des exercices afin de se réchauffer. Vers 4h, la couverture finit par se déchirer à force d'être tendue pour nous couvrir tout les deux. La fin de la nuit promet d'être délicate d'autant que c'est toujours en fin de nuit qu'il fait le plus froid. 5h30, Il me semble percevoir enfin le ciel qui prend une teinte un tout petit peu moins sombre. Nous ne pouvons plus dormir. Ayant décidé la veille de se rappeler au petit jour avec le PGHM, j'informe Jean que j'appelerai à partir de 7h, le lever du jour étant à 7h30.
A 6h, le planton m'appelle ! Il me demande notre décision : descente à pieds ou avec les secours ? Jean a l'air partant pour finir. Moi pas du tout. J'ai peur de sa chute et d'être trop faible pour ne pas pouvoir l'arrêter. 10 minutes de concertation à deux. Je les rappelle : "Venez nous chercher". Il m'indique qu'ils décolleront au petit jour, soit vers 7h15. En attendant, il nous faut ranger tout le matériel dans les sacs, plier la corde, réaliser un nouveau relais sur friends pour permettre au secouriste de se vacher sur le relais de rappel.

Le temps passe. 7h rien. En bas, on voit Chamonix, il y fait encore très sombre même si on voit clair à notre niveau. 7h15.
A 7h25, ça y est on entend le bruit lointain des turbines. L'hélicoptère EC 145 indicatif Dragon 74 de la sécurité civile monte depuis la mer de glace en un seul mouvement hélicoïdal à gauche pour se porter à notre niveau. Je me dresse debout sur la brêche. J'allume ma frontale afin que, si besoin, ils nous repèrent plus facilement, j'écarte mes bras tendus, les mains légèrement au dessus de la tête (signe international pour indiquer avoir besoin de secours). L'émotion m'envahit complètement. Je suis au bord des larmes. Pas du soulagement de voir le dénouement si proche mais de honte d'avoir manifestement échoué quelque part. L'hélico arrive tout près au dessus de notre tête. Moins de 50 mètres. Un homme sort de la cabine. Le souffle des pales devient à présent puissant et nous gèle encore plus. Il descend au bout du treuil, en poussant deux fois du pied les parois qui nous encadrent pour ne pas se les prendre. Il est debout sur la brêche, avec nous. Je lui tend l'anneau du relais pour qu'il se vache. Il retire le treuil. L'hélico se décale aussitôt pour ne pas rester au dessus de nos têtes - le vol stationnaire est toujours plus compliqué et risqué. Le secouriste nous range nos derniers mousquetons qui dépasse puis me prépare en premier avec une longe permettant de me vacher sur lui, d'accrocher mon sac à dos à mes pieds. Il me demande de tenir devant moi le connecteur qui servira au treuil. Celui-ci redescend. Un signe de la main. 2 secondes, mes pieds ne touchent plus le sol et je suis 5 mètres au dessus de la brêche, de Jean, du secouriste. 2 secondes de plus, l'hélicoptère s'est décalé, j'ai 500 mètres sous les pieds. 10 secondes plus tard, le mécanicien treuilliste m'a fait rentrer dans la cabine. Moins de 10 minutes plus tard, tout le monde est à bord.
L'équipe en profite pour faire un tour de repérage du massif. J'ai toujours ce sentiment de culpabilité qui m'oppresse. Le mécanicien me tend son pouce pour me demander si ca va. Je réponds que oui. Ce geste me fait un bien fou, moralement surtout. Je comprends que les gens qui sont autour de nous ne vont pas juger notre action et ont simplement fait leur métier, quel beau métier ! Je commence à sortir de ma torpeur et regarder par les fenêtres. Nous sommes au bord, en plein milieu de la face nord des Grandes Jorasses ! C'est magnifique. Six alpinistes grimpent dans la MacIntyre. On continue le tour. En 3 minutes, on monte au niveau du Mont-Blanc. Quelques alpinistes aussi sur l'arête des bosses. Puis on redescend sur Chamonix.

C'est fini. On est en bonne santé. Et on ne peut que remercier chaudement ces hommes et femmes au métier si particuliers: secouristes en montagne.
Quand aux différents enseignements de cette aventure, ils sont également nombreux et feront l'objet d'un prochain billet.

NB: Pour aller plus loin sur le sujet du secours en montagne, je vous recommande le livre d'Anne Sauvy, captivant sur le sujet

La course en montagne, à Chamonix et ailleurs...

Suite à ce billet, voici un mode d'emploi de la course en montagne à Chamonix et ailleurs.




A Chamonix
Pour les vieux routiers guides chamoniards* :
- Se réveiller une petite heure avant la 1ère remontée mécanique
- Se pointer à celle-ci 2 minutes avant son ouverture
- Repérer une connaissance dans l'avant de la file d'attente et la rejoindre pour taper deux minutes de causette

* si tu fais partie de cette catégorie, n'y voie rien d'autre qu'une amicale raillerie mais aussi et surtout beaucoup d'admiration pour la profession que tu représentes et à laquelle j'aspire aussi.


Pour les autres :
- Compter 1/4 h de plus sans compter le temps de transport si tu n'habites pas Chamonix
- Faire la queue pour obtenir ton ticket
- Faire la queue pour la (2è ou 3è à moins que tu ne soies un vrai insomniaque cas auquel ta course est mal barrée) benne (resp. le train)


Pour tout le monde :
- Si 2 jours et refuge/bivouac : se tirer la bourre pour avoir les meilleurs places et se lever en premier en partir en premier (sauf s'il a neigé 1 m et qu'il faut tout tracer cas auquel opter pour 5-10 minutes après tout le monde genre j'ai mal réglé mes crampons, faut pas que ce soit louche non plus)
- Sinon, se tirer la bourre pour être le premier dans la voie et ne pas se taper les chutes de pierre/glace des autres cordées.
- Courir jusqu'à la benne (train) qui ramène à la vallée si possible en doublant les lents devant soi qui vous ralentissent



Ailleurs
Profiter d'une montagne sauvage et préservée sans remontée mécanique pour aller à votre rythme :))  .


NB: bien sûr Chamonix a aussi ses avantages à commencer par l'extraordinaire richesse et variété de ses itinéraires d'alpinisme ;-)

Chaque minute compte

Avant-propos: le refuge du Couvercle est donné pour 3h30 à 4h en montée depuis le terminus du Montenvers et 2h30 à 3h en descente à vitesse de progression normale.

Réveil à 5 heures. Quand on prend la peine d'aller dormir en refuge, c'est pas pour faire la grasse matinée. La veille, j'ai dû partir en retard et je me suis donc arraché pour monter au Couvercle en moins de 2h30. S'agissait de pas en plus râter le dîner !
Comme pour chaque course en montagne, on s'est aussi calé un horaire théorique que l'on se doit de respecter pour être bien dans la course (pour avoir de bonnes conditions de neige, pour être à l'heure à la maison, pour ne pas rater une benne). Dans notre cas, c'était pour ne pas rater le dernier train. On s'est donc fixé le déroulé suivant:
Lever 5h15
Départ du refuge à 6h
Attaque de la voie à 7h
Sortie au Sommet à 12h
Retour au refuge à 14-15h
Retour au train à 16-17h30 (le dernier train est à 18h30 en cette saison).

Maintenant, ce qu'il s'est réellement passé:
lever 5h15
Départ 6h15 (je devais rerégler mes crampons qui avait sauté pas loin de 10 fois la veille)
Attaque de la voie 7h30 (mes crampons ont encore sauté 2 fois)
Sortie à 13h30 au sommet. L'attaque était froide avant le soleil. Le milieu, on a perdu du temps en tirant plein de petites longueurs: quelle idée d'avoir mis un relais au beau milieu de L4 ou L6 aussi. Pas le temps de trop manger, j'avale mes derniers balistos et noix de cajoux. De toute manière, j'avais laissé mon sandwich au refuge avec quelques autres affaires pour m'alléger.
13h45: on a plié une corde, rangé les coinceurs et dégaines inutiles et on commence une descente sympa avec le guide et son client qui avaient fait l'arête S. Le hic: arrivée à 16h15 au pied du rappel final et 16h30 au refuge. Ca va être très chaud pour arriver au train avant le dernier !!! On paie à toute vitesse la patronne, refait nos sacs, dit bonjour à David qui vient d'arriver pour la nuit prochaine et repart en courant à 16h45 en y croyant encore ! Décidément, mon sandwich ne se laissera pas manger !
17h15: on est au pied des échelles
17h45 on a bien progressé sur la mer de glace
18h05: on sort de la mer de glace au pied des échelles
18h25: on arrive à la gare (on a relâché sur la fin) et on aura notre train !!!
18h45: je mange mon déjeuner dans le train


Chaque minute compte, mais, l'air de rien, on a économisé 1h30 supplémentaire minimum de retour à pied sur Chamonix. Merci Jack Bauer, et à la prochaine !


Les photos (sans flou de bouger) sont là

Sur le fil

Bionnassay, un nom qui a fait rêver bien des alpinistes. Et pour cause. Le sommet domine le bassin de Saint-Gervais et Sallanches, présente une vue imprenable sur "l'envers" du Mont-Blanc et est ô combien photogénique au regard de son arête sommitale.
C'est aussi un sommet qui se mérite. Ici pas de téléphérique salvateur, ni de voie normale tracée comme une autoroute. Il faut d'abord monter au refuge Durier le 1er jour. Si vous avez, comme nous, opté pour l'option écologique jusqu'au bout (sans taxi 4x4 pour monter aux chalets de Miage), cela veut dire parking à la Gruvaz et 2300 m de dénivelée pour monter au refuge. Une bonne grosse bavante.

Le lendemain, mieux vaut avoir repris des forces car le réveil est à 3h. Après 2h de progression sur une arête mixte majoritairement en neige et souvent effilée peu difficile, on se retrouve à 6h au pied d'un bastion rocheux : le crux. Un peu de III+/4a sur 100 m environ avant de prendre pied sur l'ultime pente de neige menant au sommet. Celle-ci se redresse jusqu'à 45° environ, le sommet approche et....
plouf !
jamais vu un sommet pareil: c'est un point sur une arête effilée au rasoir. Si elle était en glace, on hésiterait à se mettre dessus à califourchon de peur de couper son pantalon. Incroyable. Il ne reste que (!) à parcourir cette arête en équilibre, en se tenant de part et d'autre chaque fois que c'est possible pour être mieux assurés, jusqu'au dôme du goûter.

La vie ne tient qu'à un fil.

Une fois redescendue la voie normale du Mont-Blanc jusqu'au glacier de Tête Rousse, on s'aperçoit que la vie du village de Saint-Gervais est aussi suspendu à un fil, plus ténu peut-être encore que celui de l'arête de Bionnassay. Ce fil est un câble tendu devant la langue terminale de ce glacier. Ce dernier, véritable bombe à retardement renferme un volume de 65 000 m3 d'eau liquide, l'équivalent de 20 piscines olympiques. En cas de vidange de la poche, le câble se brisera et actionnera une alarme pour les habitants qui auront alors 5 minutes pour les premiers (au hameau de Bionnassay) et 15 minutes pour les derniers au Fayet pour se mettre à l'abri.

Espérons que certains fils soient faits pour durer.

Plus de renseignement sur Tête Rousse ici.

Les photos de la course sont là.

La peur du vide

Il fait sombre, il y a du vent qui siffle. Je m'accroche à la paroi, ne doit plus être très loin du sommet. On a déjà monté au moins 300 m. Mais je sens moins bien mes muscles. je tétanise un peu, en train de charger mes pieds comme un fou pour qu'ils tiennent sur cette bête dalle toute lisse. Mes bras aussi sont à rude épreuve. En semi-traction, tout ce qu'il ne faut pas faire pour les garder frais. Mais je n'ai pas le choix. Si je les ferme, mes pieds n'adhèrent plus, si je les tends pour les reposer, j'ai le poids du corps avec mon gros sac qui m'attire irrémédiablement vers le vide alors que, comme ça, mon centre de gravité tient sur les pieds.

C'est dur. Il faut que j'arrive à traverser à droite vers ce dièdre. Cela fait un bon quart d'heure que je n'entends plus mon assureur. Il faut dire qu'il doit être bien 40 m plus bas, derrière un bombé. A-t-il aussi froid que moi ? Sûrement plus, lui ses muscles sont globalement au repos. Et le bruit de ce vent qui n'en finit pas. Quelle heure est-il pour qu'il fasse aussi sombre ? Je me sens mal. Où est passé le plaisir de grimper du début de la voie ? Cette ambiance m'opprime. La peur m'envahit. Qu'est-ce qu'on est loin du sol, on ne le voit plus depuis longtemps. Il y avait du brouillard avant que la nuit ne tombe ?

Le dièdre me semble de plus en plus inaccessible. Et il a l'air encore plus dur que ce pas dont je n'arrive pas à me sortir. Où est passé le dernier point que j'ai posé déjà ? Je ne le vois pas. Peut-être dix mètres plus bas. Putain 20 m de plomb. J'ai pas envie, j'ai envie de pleurer. Ca ne va pas le faire. Mes muscles se raidissent. Mes doigts se crispent sur ces gratons que je tiens depuis vingt bonnes minutes. Ils serrent de plus en plus fort jusqu'à... jusqu'à quoi ? Ma main droite serre, s'agrippe, elle tient une prise verticale. Elle est bonne ! Elle tient de plus en plus fort, tandis que le reste de mon corps se déséquilibre de plus en plus, je vais tomber, non. Ma main tient vraiment bien. Une très bonne prise, elle est toute douce et chaude. Bienveillante. Elle est en bois ! La paroi bascule, ce coup-ci je vais vraiment tomber, tout mes muscles se raidissent encore plus. Mais cette prise en bois, elle est travaillée. C'est de la menuiserie. Mais alors ? Je me réveille, je suis dans mon lit. Il me faut encore trente secondes avant que mon cerveau ne se rebranche correctement sur mon oreille interne. Pas de doute, je ne suis pas tombé. Tout va bien. Mais tout de même, c'est fatiguant de dormir.


Note: Inception, un film à voir.

Le Joyau et le Lotus

Un nom de bande dessinée, à mi-chemin entre Tintin et les aventures de Blake et Mortimer, terriblement évocateur. La voie ne pouvait être que (très) belle. Pas de gaz dément -elle se déroule majoritairement sur une arête- mais une ambiance extraordinaire face au Moine et au carrefour géant du massif du Mont-Blanc: la jonction Leschaux-Mer de glace. Celle-ci nous déroule ses vagues marquant l'alternance des saisons. Bref un cadre magistral, le secteur est de plus assez délaissé des grimpeurs ce qui fait qu'on y grimpe peinards, c'est-à-dire seuls. Tout au plus peut-on saluer quelques parapentes qui ne dérangent en rien vu qu'on ne peut pas dire qu'ils prennent beaucoup de place aux relais ;-) .

L'escalade se déroule dans un beau granit en général orange et compact présentant de belles sections en dalles et en fissures. On débouche sur une pointe avec un relais sommital mal commode (vieilles plaquettes Cassin dont les yeux sont trop étroits pour passer confortablement les mousquetons). De là, il faut pas moins de 8 rappels pour joindre le pied de la face en suivant la voie "la reprise" qui a l'air sacrément physique (si quelqu'un a le topo, je suis preneur).

Les photos sont par ici.

Pouce, ça ne compte pas ? Ah ouais! c'est ce qu'on va voir

Cousin Jean vient grimper avec moi une semaine au pays du Mont-Blanc: cool :)
On attaque donc à fond le dimanche par une bonne journée de repos ! Oui la veille je sortais d'une longue traversée d'arêtes alors ça n'a vraiment pas été possible de faire autrement.

Lundi, c'est parti pour la voie des Français à l'aiguille du Pouce. "Pouce ça ne compte pas, pouce, c'est pour rire ahah ahah ... assez rit !". Ainsi s'exprimait Bobby Lapointe qui a eu bien tord puisque le Pouce compte bien pour ma liste de courses. Et plutôt deux fois qu'une puisqu'on remettait ça le vendredi avec la voie des dalles.

Mais déjà, je me sens bien un petit Pouce-Café un de ces quatre....

En résumé, le Pouce, c'est un sommet des aiguilles rouges qui culmine à 2873 m avec une face sud présentant pas moins de 350 m de paroi avec de nombreuses voies majeurs dans un excellent granit orangé compact et sans fioritures constituant également un bon livre d'histoire à ciel ouvert de l'alpinisme (Les deux voies mentionnées ici ont été ouvertes dans les années 60 en grosses chaussures avec les moyens d'époque).

Le Pouce, vendredi matin

Si la voie des français est une ligne meveilleuse affichant tout de même TD+, la voie des dalles n'est pas à négliger pour autant avec TD- (notre sortie originale modifie aussi ce paramètre: voir ici): les relais sont en général correct (un bout de cordelette et un marteau en fond de sac peuvent toujours être utiles), mais la progression se fait souvent sur coinceurs/friends, sur pitons d'origine plantés dans de la terre (!), voir dans la tête (parfois il n'y a rien et on ne peut rien mettre mais ça reste rare).

Aucu ! Aucu! Aucune hésitation !

Back to scholl, school, la haute montagne :) .

En ce samedi du mois d'août, on a décidé avec Benoit d'aller à la traversée de l'aiguille de Tré-la-Tête au col des glaciers. La montée en 3h30 aux refuge des conscrits la veille m'avait déjà fait mal mais il s'agissait de ne pas rater le dîner. Alors, forcément, le réveil à 2h30 sonne comme une longue douleur. Vers 3h15, on est partis pour remonter en direction du col infranchissable. Au bout d'une heure, je commence à le ressentir, la journée va être dure !

Arrivés au pied de la face nord de l'aiguille nord de Tré-la-Tête, je traîne un peu la patte histoire de mettre en garde Benoit sur ma méforme. Un peu après, je souffle carrément et commence à lui parler de demi-tour. J'en chie. La pente n'est jamais extrême mais toujours assez raide pour fumer les mollets qui n'en demandaient déjà pas tant. L'arrivée à ce premier sommet est barré par une pente à 45° plus ou moins en glace.

Pas le choix, je ne suis pas venu jusqu'ici pour faire une promenade à la con sur un glacier sans faire de sommet alors que la météo est parfaite et les conditions du terrain proches de l'optimal. Benoit me pousse au cul et me parle de plus en plus sèchement. Au fond, il a raison. Le meilleur moyen d'avancer, c'est d'éviter de s'écouter, tout débrancher, oublier les mollets (d'ailleurs, ça fait longtemps qu'ils n'existent plus). On arrive au sommet. OUF !

En même temps, redescendre par là, ça me semble un peu craignos. Et puis ça va vraiment mieux. T'as raison Benoit, le mieux maintenant, c'est de la finir cette course. Et la suite s'avère en effet très belle, jamais très dure, et quasiment agréable.

Que sont deux ou trois heures de douleur sur dix heures de course ?


Les photos sont par ici.

Le Pouce: topo de "la sortie des jambons"

Eh oui, après moult fouilles dans divers topo, il semble bien que Jean et moi ayons "ouvert" une longueur originale: Ouahoouuu ! Quand on sait que la voie fait 13 longueurs environ, il y a vraiment de quoi crier cocorico d'en avoir faite une ^^ .
Mais, il y a un début à tout et comme qui plus est, elle n'est pas complètement moche - elle est même franchement belle quoique bien plus physique que le reste de la voie - je vous la relate ici. Ca commence comme d'habitude par un "plantez-vous dans la voie en ne sachant pas lire un topo", en l'occurrence, celui de la voie des dalles à l'aiguille du Pouce où, il est vrai, le brouillard était pas mal de la partie dans la seconde moitié de l'ascension.

Voici donc le Topo !

Aiguille du Pouce - voie des dalles, sortie des jambons
Cotation proposée pour la course: TD+

Cette variante se situe sur L10, L11 et L12, entre la voie des dalles et la voie "Pouce-café". Depuis R9 de la voie des dalles, grimper trop à gauche une grande longueur en 4 se terminant légèrement au dessus à droite du R10 de Pouce-café, 50 m, IV, relais sur friends dans un vague dièdre à gauche. De là grimper légèrement sur la droite jusqu'à une vire légèrement ascendante sur la gauche au pied d'un beau mur où l'on fait relais. De là s'engager dans le dièdre raide droit au dessus puis revenir sur la gauche par un système de fissures jusqu'à buter sous un surplomb, V/V+ bien protégeable. Sur la gauche de ce surplomb , le rocher parait brisé et peu engageant. Prendre droit au dessus en suivant les fissures, A1 (doit pouvoir se passer en libre, cotation estimée 6c). Puis se rétablir pour aller faire relais 20 m au dessus, 50 m. Reste alors 70 à 100 m de rocher facile qui rejoignent rapidement l'itinéraire normal de la voie des dalles pour atteindre le sommet du Pouce.

Sur l'illustration ci-dessous, les tracés sont approximatifs pour la voie des dalles dont nous n'avons finalement pas parcouru la fin normale, ainsi que L10, L11 pour la sortie des jambons. En revanche, L12 est bien caractéristique et est donc tracée rigoureusement. C'est d'ailleurs le seul intérêt de cette variante :)

La Haute ô Route: le topo !

Alors c'est très simple puisque par définition, une autoroute, c'est tout droit ! La Haute ô Route n'échappe guère à cette règle, enfin presque...

1er jour :
 Suivre la queue au guichet du téléphérique d'Argentière. Si vous trouvez une connaissance 50 places devant, c'est le moment d'aller lui taper la causette :-p ; puis la queue au téléphérique. Une fois en haut (compter une heure au moins depuis l'arrêt de la voiture), souvenez-vous que vous ne restez pas sur la piste. Passez donc sous le cordeau et suivez à nouveau la foule : tout droit en bas (en évitant les crevasses quand même) sur le plateau du glacier d'Argentière.
Et là, faut faire super attention ! On contourne par la gauche - oui c'est pas tout à fait tout droit faites gaffe hein - et monter (tout droit) au col du Chardonnet. Autre méthode depuis le glacier d'Argentière : faire une statistique de fréquentation des randonneurs sur le bassin et prendre le plus fréquenté (faut être un peu plus joueur).
Au col, prévoir de quoi faire 30-40 m de rappel pour aller plus vite (30 m à 50° souvent goulotté par les passages). Rester sur la grosse trace qui serre à gauche en coutournant les contreforts du Chardonnet et de la petite Fourche. Puis gravir la fenêtre de Saleinaz. De là, se diriger (tout droit !) vers le refuge de Trient.


2ème jour :
Lever à 5h (comme tout les jours suivants). Bon ca tourne de nouveau un peu mais comme on est pas tout seul, ca descend bien. Attention, nouveau piège, il y a plusieurs variantes d'itinéraires sur la Haute Route depuis Trient. Veiller donc à ne pas suivre quelque randonneur au hasard... au risque de vous retrouver pendant deux jours à squatter des refuges non réservés à l'avance (les gardiens, à juste raison, n'aiment pas ça en général -> cf mon billet la buenaventura) et surtout avec quelques milliers de mètres de dénivelée positive supplémentaire à se coltiner. Bref, c'est vraiment pas une bonne idée le hasard :)

Une fois en bas à Champex en Suisse, il faut faire un transfert motorisé jusqu'à Bourg-Saint-Pierre. Plusieurs solutions, l'idéal est d'avoir vu à l'avance, au minimum avec le gardien du refuge de Trient la veille, quel transport. Soit par Bus, à déconseiller si la journée est annoncée douce à chaude dans le bulletin météo car cela fait partir de Bourg-Saint-Pierre à 12h environ soit tard et en plein cagnard ! Soit par taxi, c'est quasiment le même prix si on mutualise bien avec d'autres randonneurs.

Autre remarque utile: méfiez-vous quand vous appelez pour réserver les refuges avant de partir des réponses du type: "nous on est complet mais il y en a un autre pas loin". Méfiez-vous de ce "pas loin" qui veut plutôt dire en général "pas tout prêt quand même". Donc si vous avez de la place, dormez à Valsorey, sinon, dormez "pas loin" à la cabane du Vélan, fort sympathique au demeurant.



3ème jour: montez tout quoi ?
Bah oui, tout droit. Puis avec une rigueur militaire TOURNEEEZ DROITE ! (90°). Passez le col du plateau du couloir. Puis descendez toujours tout droit ou presque pour rejoindre la cabane de Chanrion (on vous laisse retrouver les quelques virages qui vont bien dans l'itinéraire pour ne pas sauter qui un sérac, qui une barre rocheuse :) ).

Juste après le virage à droite ...

4è jour : montez ... (je vous laisse compléter) jusqu'à la Pigne d'Arolla pour admirer la plus belle vue du parcours. Puis tourner à droite pour rejoindre la Cabane des Vignettes.

5è jour : laissez tomber cette règle stupide du tout droit (en espérant que vous l'avez fait bien avant sinon oh oh problème oops). En plus, il y a des autoroutes qui tournent aussi alors vraiment n'importe quoi pfff. Dans un clin d'œil au 1er jour, franchir de nouveau 3 cols pour rejoindre les contreforts du Cervin (impressionnant) puis Zermatt.

Comme la Suisse est un pays bien fait, vous pourrez prendre le train à Zermatt pour Visp. Correspondance pour Martigny. Correspondance pour Vallorcine-Le Châtelard. Correspondance pour Chamonix là où il fallait retourner. CQFD

A bientôt pour un topo encore plus mieux fait !

La Haute ô Route : la buenaventura !

Mais sans Youri. Parce qu'il a beau avoir écrit "Ne me quittes pas", il nous les brise un peu.
Donc voici le récit.

La Haute  Route, c'est une entreprise de long terme qui se réfléchit mûrement, se prépare à l'avance. C'est simple, le petit topo que j'ai acheté chez mon libraire doit faire 50 pages dont 20 consacrés à l'itinéraire que nous avons suivi. Autant dire qu'il était tellement précis que l'on pouvait lire "au troisième sapin, tourner à droite puis, continuer tout droit, jusqu'au sommet". A se demander si les GPS ne se sont pas mis aussi à écrire...
Bref, vendredi soir, je vois que la météo est belle pour la semaine. Cousin Jean (rien à voir avec Petit Jean car il est grand, ne boit pas de bière ou si peu) vient pour la semaine, c'est parfait. Samedi matin, j'achète chez mon libraire préféré (qui a toujours plein de topos de montagne) le topo de la haute route, j'appelle les refuges et tout va bien, ou pas. En fait, il en manque deux. Bon pour le 1er (c'est-à-dire celui du 2ème soir), il me dit d'aller chez son voisin d'en face "qui est pas loin". Et pour le second (le 3ème soir, vous suivez ?), il m'indique un bivouac "un peu plus loin"...

OK, tout va bien, c'est parti. Pour le détail de l'itinéraire, je vous renvoie au billet "la Haute ô Route: le topo". Bref le 1er jour, on manque à 200 m d'être dans le brouillard mais tout va bien, on a vu, et donc vaincu !
2ème jour, départ dans une brume épaisse, mais avec un peu d'erreur volontaire (pas pour se planter, c'est une méthode d'orientation les bananes, oui, oui, vous là, les lecteurs :-p). Puis on est en dessous et le soleil est de plus en plus généreux. La remontée au refuge suivant est la pire de la semaine : on a pourtant pas traîné pour éviter de se taper le cagnard mais la neige n'a pas regelé depuis plusieurs jours. Du coup, on monte dans un manteau pourri dans lequel il n'est pas rare d'enfoncer et planter les skis sur la longueur de nos jambes : physique, et grosse interrogation pour la suite. Bref, 2h30 de montée pour à peine 500 m de dénivelée. Le calvaire se termine heureusement pas trop tard: 13h30. On se remet donc au refuge en réalisant l'étape qui nous attend le lendemain. En fin de journée, le ciel s'est franchement couvert et il se met à neiger un poil !? Elle disait quoi déjà la météo avant de partir ? Le doute se renforce...

Le lendemain, 3ème jour, le ciel est couvert et on est dans le brouillard mais comme on commence par descendre, on sort du brouillard. La neige est heureusement moins pire que la veille même si encore un peu pourri. On remonte en face. Le plafond s'élève et se désagrège au fur et à mesure de notre montée. On passe donc le plateau du couloir dans un superbe soleil... qui ne dure pas. Le temps d'aller chausser en haut du glacier du Mont Durand, on a déjà de nouveau un peu de brouillard. On ne traîne pas pour rester orienté. Et on repasse en dessous. On est maintenant sûrs de ne plus faire demi-tour ou d'arrêter avant la fin ! Arrivée au refuge (cf billet le Topo.).
4ème et 5ème jours : enfin du grand beau stable et les journées se déroulent sans encombre.

L'arrivée sur Zermatt est même trop rapide : on aurait bien vu une journée plus chargée, et  puis on aurait bien fait un jour ou 2 de plus, c'est qu'on commençait à avoir la caisse. Bref, on retournera faire des raids, sans doute aussi en tentant autre chose : plus d'autonomie (refuges non gardés ou bivouacs ?), plus sauvages ? Peut-être..

Les photos des sorties des deux dernières semaines

Aujourd'hui, c'est jour de pluie. L'occasion de refaire une petite mise à jour des sorties récentes. Pas de récit particulier, tout s'est bien passé. Je me contente donc d'un récit de photos commentées pour chaque sortie.

Comme d'hab', vous pouvez accéder à la galerie photos de différentes manières :
- via mon profil facebook
- via mon site ouaibe perso
- directement sur Picasa

La dent de la persévérance

Déjà, il avait grimpé trente mètres. Tantôt neige, tantôt glace, la goulotte s'étire de son trait de gel dans la montagne forcément froide, naturellement encaissée, et donc un peu austère. Paul n'y était pour rien. Il avait surmonté quelques pas difficiles mais jamais trop continus et toujours bien protégés, ici par une broche à glace qui avait "bien carotté", là par un bon "friend", le coinceur qui est l'ami des grimpeurs car il se place facilement.

Arrive ce que l'on appelle le crux. Autrement dit, le passage clé. il s'engage dans un raid mur de glace bien vertical et soutenu. Il doit bien faire quinze mètres. Il ancre ses piolets, tape ses crampons bien haut puis pousse sur ses jambes et tracte d'un bras pour, de l'autre aller chercher à ancrer de nouveau le plus haut possible pour gagner rapidement du terrain et éviter au maximum de se mettre dans le rouge en traînant un peu trop. Déjà trois mètres de gagné, la glace ne semble pas épaisse. De fait, il est sur un placage, bien collé à la paroi mais de cinq centimètres de glace... il ne le sait pas encore et sort une broche courte (dix centimètres) dicté par son instinct et la couleur du matériau. Patiemment, il amorce un demi-tour, puis un tour et demi. Enfin, il peut visser la broche et se dépêche de le faire, ses mollets et son bras suspendu au piolet commence à chauffer sérieusement.
Soudain, la broche s'arrête dans un crissement désagréable: elle touche le rocher alors qu'elle n'est pas rentrée de moitié. "Pas de point d'assurance psychologique" disent les vieux grimpeurs. "C'est encore plus dangereux que de grimper sans poser de point". Il n'a pas le choix, il retire donc sa broche en jetant un coup d'œil alentours: le rocher est trop pourri pour un coinceur, reste l'hypothèse de la glace plus épaisse dans une autre zone. Cette hypothèse étant peu crédible, il se remet à grimper. Il est maintenant six mètres au dessus du début du ressaut, et dix mètres au dessus de son dernier point.
Le plaisir de grimper a laissé place à l'anxiété. Pour l'instant, ses muscles sont fatigués et peu contracturés mais ils répondent bien. La faute deviendrait ici éliminatoire. Rester concentré, ne pas penser à la chute, encore moins à ses conséquences.
Il tape son piolet gauche. Pour aller plus vite, il commence dans le même temps à désancrer le droit. Il ne lui reste que trois mètres pour sortir et la fatigue va bientôt relâcher ses muscles sans qu'il ne puisse plus les contrôler. Le piolet gauche fait un bruit métallique! Ce coup-ci, ce n'est plus de l'anxiété mais de l'effroi. Il tient déjà son piolet droit dans la main. L'effroi entraîne la crispation et celle-ci la déconcentration. Il n'a plus vu la pose approximative de ses pieds qui, d'un coup, ripent dans le vide. "Ce coup-ci mon petit père, t'es parti pour t'en taper une bonne" pense-t-il en imaginant déjà l'hélico qui au moins, aura le mérite de le mettre au chaud bien plus vite que la prévision horaire qu'il aurait établi il y a seulement un quart d'heure.
Il est pendu d'une main dans le vide ! Retenu seulement par les deux premières dents de la lame de son piolet gauche. Il fait moins dix degré mais de grosses gouttes de sueur coulent depuis son front et viennent lui piquer les yeux. Il reconnaît cette sueur. C'est celle de la peur, froide, déraisonnable, salée.
Mais toujours pas tombé. Alors il faut bouger, bouger, comme dans la chanson. Il y pense. Ca lui occupe un peu l'esprit et du coup, le décrispe. Il tape comme un sourd son piolet droit. Une assiette se dessine mais il semble tenir. Pas le choix. Il retape les pieds qui sont de nouveau bien posés. "Il faut bouger bouger". Il sort son piolet gauche avec une facilité... il n'était véritablement retenu par rien, si peu. Les Auvergnats ont leur Dent de la Rancune (un petit sommet), ici c'est la dent (du piolet) de la persévérance. Et ré-ancre le piolet gauche, enfin bien. Ressort le piolet droit, l'assiette de glace part avec mais son poids n'était plus dessus, vise une légère dépression dans la glace, et le ré-ancre en un coup. "Celui-ci, il tient" se dit-il.
"On a tout fait on a chanté oyé- on va bouger, bouger". Il continue de grimper ! Ca y est, il est sorti du mur. Surtout pas se déconcentrer maintenant. Le terrain s'annonce en neige pas trop raide mais en cas de chute, ca ferait maintenant trente mètres plus les rebonds. "Brrr, toujours pas de point possible ?" au moment où il se dit cela, il voit enfin une belle fissure franche sur la droite. D'une main, il dégage le friend qui lui semble adapté de sa bandoulière, le place, le teste: il tient ! Il le clippe puis hurle "ON A BOUGÉ BOUGÉ YOOOOOOUUUU !" Son cri expire toute sa tension et son trop plein d'adrénaline.

En dessous, sous assureur qui était hors de vue de la scène comprend que celle-ci vient de tourner du bon côté. Un peu plus haut, un piton en place et une bonne glace lui donne ce qu'il faut pour confectionner un solide relais sur lequel il pourra récupérer le temps de la montée du second de cordée. Au dessus, il leur reste encore à parcourir quatre longueurs, mais sans plus de difficultés majeures.

Vallée Blanche immaculée sans (idée) préconçue

Le 2 mars dernier, j'emmenais la Fratrie Christian, Stéphane et Myriam à la Vallée Blanche. Alors autant commencer par la conclusion, je n'ai jamais eu de conditions de neige aussi bonnes sur l'itinéraire que cette fois-là ni de lumière parfaite dans un tel concours de circonstances, bref c'était le top du top et je suis bien content d'avoir eu une telle journée avec d'aussi bons amis :)

Mais parlons à présent de tout ce qui a précédé. Le matin, mon père me dit, plein de prévenance "Tu ne devrais pas y aller, regarde comme le temps est bouché" pendant que je songeais dans ma tête en silence "oui mais la météo a prévu que ça allait rapidement se découvrir !". Mais ne sachant que trop bien qu'il pouvait avoir raison (j'ai en mémoire une arête des Cosmiques avec Etienne au printemps dernier où le temps devait aussi se découvrir et où on s'est tapé vent-froid-neige-brouillard toute la journée), je me gardait de lui ouvrir ce débat. Nous allons donc à Chamonix où je conseille aux copains d'attendre un peu pour prendre les billets de voir comment le temps évolue...

Bien nous en prend car Stéphane s'aperçoit que les skis que je lui ai prêtés ont 2 vis manquantes !?! Direction la boutique du coin où le censeur, pardon vendeur, nous dit péremptoir: "la vallée blanche aujourd'hui ? Vous n'allez rien voir. Et zavez un guide"...."c'est moi répondis-je" en m'arrêtant là mais en pensant très fort "kes que ça peut te foutre, t'es flic ?" Après tout, lui n'était pas plus guide que moi et ça a le don de m'agacer, les jugements expéditifs. Remerciements pour la réparation, on prend congé de môsieur-jesaistout.


Retour aux caisses du téléphérique - oui, ça y est, je le sens bien et on s'est décidé à monter - et la dame du guichet nous dit encore "vous êtes sûr, il fait pas beau là haut hein ?". Mais ce coup-ci, je lui sors mon iPhone de geek et lui montre victorieux sa propre webcam dévoilant de beaux rayons de soleil s'élargissant.

Le temps d'arriver là-haut, le temps est vraiment beau. La suite, vous la connaissez à part un petit épisode de raidillon à remonter mais cela, je laisse mes 3 compères la raconter. Journée de rêve donc qui prouve qu'en montagne aussi, la persévérance a parfois du bon, même si son opposé le renoncement est une sécurité bien souvent indispensable.

NB : à la descente du chemin des mottets, on s'est tiré la bourre comme des Anes. Voici les résultats du jury:
- Prix de la plus belle cascade à skis : Christian pour avoir coupé un virage par 6 mètres de pente raide (tout droit ! ) dont 3 mètres de terre en passant de la 3-4è place à la 1ère en un instant.
- Prix de la victoire au bas du tracé : Stéphane (d'une courte spatule).
- Prix de la plus belle gamelle : Myriam pour son arrivée fantastique sur les fesses et sur un ski, l'autre allant s'arrêter tout seul dans l'arrière de la dameuse. "Excusez-moi, vous n'auriez pas vu mon ski dans votre dameuse par hasard ?" sous l'œil désabusé du conducteur qui n'a dit mot ni esquissé le moindre sourire.

Des photos:
- dans ma galerie Picasa
- sur la galerie de Stéphane : son appareil fait la grève des couleurs quand il fait trop froid !

Cogne le paradis

2 jours, ca passe vite. Surtout à Cogne, aux portes du Grand Paradis. Quand je dis Grand Paradis, ce n'est pas par opposition un à éventuel "petit paradis" car le paradis c'est le paradis, même si c'est vrai que Cogne est un petit coin de paradis. Non pas du tout. C'est simplement que Cogne est un petit coin de paradis, qui n'est donc pas Le paradis, et une porte d'entrée au Grand Paradis, parc national italien et l'un des sommets dépassant les 4000 mètres des alpes. Vous l'aurez compris, pardi !

Bref, 2 belles lignes au compteur avec Stéphane :
- Stella Artice (l'étoile arctique): le nom est bien évocateur. Une superbe ligne bien continue de quelque 140 m de glace et 220 mètres au total (une longueur en neige tout de même). Un crux de 15 m bien verticaux sur un free standing (une stalactite qui pend et touche le sol) dément et géant avec un point de repos au milieu où on passe la jambe à travers pour se refaire un peu les bras. Le topo est ici .
- Chandelle levure: 180 mètres de glace et pas loin de 400 mètres de long au total (3-4 longueurs en neige) donc un free-standing de sortie logé au fond d'un petit amphithéâtre: magnifique ! Le topo est .

Reste que Cogne est assurément un spot majeur d'escalade sur glace et que j'y ai sûrement de quoi m'occuper pour les 30 prochaines années :)

Comme d'hab, les photos sont disponibles sur la page "un demi, une glace" de mon site oueb ou dans l'onglet Picasa via mon profil Facebook ;) .

Ambiance cascade: grave la Gruvaz !

RDV à 8h30. On a oublié le topo donc départ à 9h de La Roche. On se retrouve à 10h30 au Belvédère (on a suivi les indications d’approche du Topo Batoux mais je crois qu’on aurait mieux fait de suivre le topo C2C). On s’équipe, il est 11h. Ambiance : on est dans une gorge encaissée, les portables ne passent pas, il fait pas trop froid (c'est à dire entre -5°C et -10°C), le brouillard nous empêche parfois de voir le versant d'en face des gorges (c'est-à-dire la cascade) et il va pas tarder à neiger.
1er contre-temps : la traversée de la pente pour rejoindre le ruisseau est en glace pas assez recouverte de neige. Du coup c’est casse-gueule. On attaque la cascade à 12H30.

Stéphane prend la 1ère longueur qui démarre sur de la glace assez fine et peu protégeable sur 20 m puis se redresse et devient plus fournie mais aussi plus travaillée. L’escalade est technique et engagée. Puis l’inclinaison diminue de nouveau et Steph’ s’emploi pour trouver une zone de bonne glace apte à recevoir un bon relais pendu sur 2 broches: on est de nouveau dans le vertical. Qq marches de confort heureusement. Lg = 40-45 m

La 2ème longueur commence par une bonne section raide de 10-15 m : ca coule et ça mouille. Puis de nouveau la glace se fait plus fine posée sur des dalles: 15- 20 m sans protection entre le dernier point et le relais sur de la bonne glace 1m au dessus d’une coquille d’oeuf que j’ai cassé: banzaï ! Lg = 45 m

Steph part dans la 3ème longueur à 16h : elle a l’air bonne et facile vue de R2. Erreur plus ca se couche plus la glace est fine et improtégeable. On arrive en bout de corde et on ne s’entend plus : je décide de partir après un moment en corde tendue (on avait convenu d’un signe = tirer 3 coups sur la corde quand c’est bon mais manifestement, il ne viendra pas) car il va faire nuit et je n’ai pas ma frontale. J’espère simplement que les protections sont bonnes et que Steph pourra vite faire le relais. Après avoir grimpé 15m, j’ai 5 m de mou dans les pieds : Steph est en train de faire le relais. Attente stressante dans une zone de glace maigre: tant pis, je grimpe pour atteindre la broche suivante et me vacher au cas où sur la dégaine. Pas de bol, c’est une explose, la broche ne doit pas être terrible en dessous. J’atteinds le relais à toute vitesse pour profiter de ce qu’il reste de lumière du jour: descendre de nuit sans frontale, c’est une chose, grilmper de la glace technique en et une autre ! Je constate les talents de Steph: il a reussi à faire qq chose de sain dans une zone pas évidente: il a fait partir une plaque d’1 m2 qui laisse au jour l’écoulement sur le schiste. Lg = 60 m

Il est 17h30, ill fait nuit. Stéph a déjà une lunule. On en fait 2 autres car 2 sont moyennes (donc 3 au total). La corde est gelée et les noeuds sont très difficiles à défaire. Je fixe mon descendeur en avance sur la corde et repère à la lumière de la frontale de Stéph le matériel que je devrais enlever histoire de faire le moins possible de manipulation dans le noir. En vérité, je vois quand même un peu. 2ème rappel : on voit un noeud sur le bout de corde déjà partiellement rappelée. Je réassure Steph sur 3-4m pour qu’il aille le défaire. Puis la descente se fait sur un impressionnant rideau de stalagtites bien menaçant pour S. qui est sur le relais du dessous. Un dernier rappel et c’est la délivrance. On est aux sacs, il est 20h.

Le temps de revenir à la voiture: retraverser la pente, se déséquiper et faire la marche inverse, il est 21h. J’appelle Carole aussitôt (portable passait pas dans la gorge) qui, rongée par l’inquiétude (à ce niveau de retard, c’était bien compréhensible) avait appelé le PGHM. Happy end donc de 2h d’inquiétude exponentielle pour Carole, mon père et de 10 h d’efforts et émotions intenses pour nous. On est content d'avoir grimpé cette belle cascade (environ 140 m, il restait un petit ressaut de 10-15 m au dessus) dans une ambiance pour le moins hivernale mais je culpabilise bien d'avoir fichu la frousse à Carole. J'espère que la prochaine cascade sera un peu moins source d'imprévus mais ce qui est sûr, c'est que je préviendrai Carole par écrit de notre itinéraire, histoire qu'elle sache où dire d'aller nous chercher au PGHM, just in case.

La montagne à l'envers

Nouvelle rubrique: la montagne à l'envers ou comment se fourvoyer, se tromper, se planter bref ce que le commun des homo alpinus appelle se prendre un but. A ce sujet, je vous recommande au passage la visite de ce site web.

Pour faire le vernissage, quoi de mieux que de vous raconter ma plus belle réalisation à ce jour, il se trouve qu'elle est en plus toute récente donc bien vivante encore dans ma mémoire :-)
Voilà le topo :

* Grand Billare - Pyrénées atlantiques
En direction l'arête Larangus - "Ouverture" d'une nouvelle voie: l'autre col caractéristique.
Par Etienne B. et moi-même, juillet 2009
(On a eu le temps de rédiger oralement le topo à la descente histoire de décompresser un peu)

Fixer la veille l'heure de départ du parking à 7h... Le lendemain, éteignez votre réveil, ça va passer. Se lever à 7h15. A 8h15 environ, partir du parking. Pour rattraper le temps perdu, mettez-vous un peu dans le rouge sur le sentier de la marche d'approche en évitant soigneusement de repérer l'approche générale quand on aperçoit un point de vue d'ensemble. Préférez au contraire perdre encore un peu plus de lucidité en avançant plus vite.
Une fois bien échauffé, vous devriez donc avoir remonté tout droit le pierrier à la sortie de la piste du bois de Larangus. Venir alors buter contre un petit cirque rocheux. Prendre alors le temps de faire une pause puis, après un rapide coup d'oeil sur les environs, jeter un non moins rapide coup d'oeil au topo "officiel" [passages pyrénéens]. L'important est d'éviter tout les détails et de retenir arbitrairement celui d'un col caractéristique. Le repérer sur le terrain, droit au dessus du cirque.
Juger alors que celui-ci est atteignable par la gauche via des vire herbeuses puis faites preuve d'un optimisme encore plus aveugle en décidant de couper à mi-parcours par des rochers qui ont l'air faciles.
Grimper dedans toujours en mode approche, donc sans équipement, jusqu'à aboutir à une fourche rocheuse au dessus d'une petite vire herbeuse.
Laisser le doute s'installer...
Après avoir constaté:
- que vous étiez trop haut pour faire demi-tour (soit une hauteur de 10-15 m environ)
- que ça ne passe pas facilement à gauche
- ni à droite...
Laissez un instant de panique vous envahir en considérant que la possibilité de vous planter devient réelle.

A partir de là, brancher pour de bon le cerveau pour ne pas vous la coller ! Le leader devra donc sortir de son sac:
- un coinceur pour faire un 1er point
- la corde pour commencer à se vacher
- un autre coinceur pour faire un 2eme point et donc un relais
- profiter du nouveau confort pour enfiler son harnais et son casque
- aider alors son second à faire de même puis respirer un grand coup

Tirer alors une longueur de 50 m dans du rocher péteux d'abord (III, 15m) puis dans du terrain raide mi-cailloux mi-herbeux jusqu'à trouver un béquet raisonnable pour faire relais. Traverser alors 20 m de rocher pourri (exploité par des cristaliers ?) sur la droite en III/III+ et arriver dans une prairie où faire un confortable relais sur arbre et une petite sieste au soleil. De là rejoindre, juste sous la première aiguille rouge "l'autre col caractéristique".

Quitte à rester dans la raison, regarder attentivement la somme des erreurs écoulées. Descendre alors par l'itinéraire classique d'accès à l'arête Larangus pour rejoindre la piste du lac de Lhurs (20 min).

Outdoor games : les moyens de jouer

Je n'ai pas encore parler d'une compétition que j'ai pourtant découverte en Février (comme quoi, parfois, c'est sympa aussi de prendre son temps): les outdoor games. J'ai découvert cette manifestation en allant grimper la Chéré en partant de l'aiguille du Midi cet hiver.
Alors bien sûr, je pourrais digresser sur les moyens mis en œuvre dans ce genre de manif', hélicos en tête sans compter le sponsor: Nissan ce qui ne va pas franchement dans le sens de ma fibre écolo tout ça :)
Mais non, je n'en parlerai pas et je vous propose donc d'aller zieuter ici un film démo de ce qui s'est passé cet hiver pendant, somme toute, que je grimpais "tranquillement":
ça se passe ici

Et si vous en voulez plus, y a un équivalent côté été:
c'est par là

Maintenant, c'est clair, les "moyens de jouer" sont avant tout dans leur mental assez incroyable mais aussi dans leur condition physique. Chapeau bas les artistes !

Frendo-Ravanel, ou la revanche de Claire Chazal

Après 5 minutes de ski pour l’approche, on se retrouve à l’attaque avec Baptiste. Dommage: on est loin d’être les seuls: 3 cordées devant, autant derrière.
L’une d’elle composée de parisiens particulièrement affutés (ils ont décidé de faire la moitié de la goulotte à corde tendue) nous double dès la pente de neige au dessus de la rimaye. 1 cordée de plus ou de moins, dans le fond, on s’en moque à partir du moment où tout espoir de grimper en première position est vain. Nous acceptons donc notre lot conséquent de spindrifts, à m’en raidir les gants, et me laver le visage, ce qui tombe bien, c’est la seule partie que j’avais oubliée sous la douche ce matin.

La longueur à spindrift: jet orienté bon débit tout confort
Pasted Graphic

Je prends la 2ème longueur où ma plus grosse difficulté réside dans une buée conséquente (depuis le temps, je devrais commencer à comprendre que c’est le masque le plus efficace dans ce genre de terrain!). Bref, je perds une broche, heureusement rattrapée par Roberto, le guide italien de la cordée grimpant juste à notre suite. Le bonhomme se révèle super-sympa et nous passons tout nos relais à discuter de choses et d’autres. Pour dire, un italien qui accepte de dire que Materazzi est un fils de pute est forcément un type bien avec plutôt une bonne prise de recul, rare quand on est italien et qu’on parle de foot ;).

Baptiste passe le 1er crux: une section sévère en mixte et glace moyenne tendance grise, j’ai lézardée pour l’avoir celle-là et je lui tire mon chapeau. Les longueurs s’enchaînent et les relais ne se ressemblent pas: ainsi, ce dernier relais en glace sur lunules consolidées avec des broches nous offre un cas d’école. On commence à fatiguer tout les 2 et je prends le dernier crux: une section d’environ 5 mètres en glace parfaitement verticale et protégeable avant/après mais pas pendant (tout comme le 1er crux d’ailleurs). En même temps, les mollets et les bras chauffent tellement que je n’avais pas forcément plus envie que ça de prendre le temps de brocher pendant cette difficulté. La sortie se fait sur un mini-réta magnifique. Je décide d’enchaîner encore un peu et prolonge d’une longueur en neige. Il doit en rester 2 pour sortir mais il se fait tard.
Let’s go home heureux comme des gamins de ce plaisir de grimper pour la beauté du terrain et du geste plutôt que de la difficultés.

Next one ? J’espère aller bientôt du côté du Tacul, encore ...

Repos [ce] soir

Le Reposoir, c'est 4 lignes de 100 m environ avec des dificultés oscillant entre 3 et 5+. C'était surtout une belle journée de grimpe pour Tof et moi aujourd'hui. On a attaqué par la ligne de droite en 3/3+. La glace y était très bonne. J'ai démarré et Tof a pris la 2ème longueur qui sortait en haut de la cascade. Après quoi, retour au départ et Tof repart dans une variante de la 1ère longueur en exploitant des murs raides et soutenus. Perso, je profite d'être en second pour expérimenter d'autres formes de grimpe, notamment en crochetant plutôt qu'en ancrant les piolets. Bien m'en prend puisque la zipette que j'ai eu n'a pas de conséquence en second.

Minute d'hésitation: to go or not to go ? Je pousse Christophe qui ne se fait pas prier longtemps et entame la 1ère longueur de la ligne de gauche. Elle démarre par un gros freestanding bien raide et pas bon partout: il sonne creux dès que l'on s'éloigne de "la bonne route". Au dessus, j'enchaîne un 2ème mur aux sons un peu sinistre: il s'agit, même si les mollets chauffent au point de mettre le feu à mon pantalon, de prendre son temps, choisir ses prises de pieds, décider de là l'ancrage, d'ici du crochetage. La longueur se termine à l'abri des stalatctites sous un surplomb rocheux. Chris enchaîne la 2ème longueur redémarrant par un beau mur raide puis déroulant en bonne glace tendance sorbet.
J'opte pour la 3ème longueur: parfois, il faut savoir s'arrêter ! Après un beau passage sorbet, tout se mets à sonner très creux si bien que je me rends compte d'être en train de grimper sur une mince plaque sous laquelle il y a une véritable cave: remouvement en douceur, ça commence à faire un tantinet engagé cette cascade. Bref, on l'a sorti. Quand à la ligne de gauche, elle était vraiment trop en glace grise pour donner envie.


En redescendant, les gendarmes du CNISAG nous indiquent que ça purge dans les autres longueurs. Nous, on constate aussi que ça coule plus qu'au petit matin.

Il était temps d'y aller car rien ne dit que ces cascades restent en conditions bien longtemps avec cette douceur.
Encore une belle journée en montagne !
Merci Tof :)

Chérie, je suis à la Chéré

C'est toujours chérément payé l'aiguille du midi à 35 zeuros l'aller simple. Mais le bonheur était bien là ce samedi 16 février. Avec Baptiste, on est parti pour la goulotte Chéré au Mont-Blanc du Tacul.
Bilan: pas un souffle de vent, des conditions optimum (on a rapidement doublé les 2 cordées devant nous pour grimper devant et éviter ainsi les glaçons).
Goulotte Chéré 018
A la prochaine donc :) Ravanel ? Lafaille ? Gabarou ? .... les paris sont ouverts

Une expé qui ne manque pas de sel

Depuis la fin octobre, une équipe française composée de 3 marins et 3 alpinistes sont partis de la terre de feu pour rejoindre la Géorgie du Sud, terre désolé aux confins de l'océan atlantique et du détroit de Drake. Leur expédition a plusieurs objectifs:
• des tests techniques pour développer la télémédecine et la gestion de crise en milieu inhospitalier en partenariat avec l'Ifremont.
• des échanges humains entre la pratique de la mer et de la montagne: l'expédition est dirigé par Isabelle Autissier sur l'eau et comprend deux alpinistes de renom: Philippe Batoux et Lionel Daudet.
• des réalisations sportives aussi avec la traversée intégrale de cette terre par l'équipe alpine et la réalisation ou ouverture de plusieurs voies sur les sommets qui s'y étalent.

Le mieux est encore d'aller voir leur site pour se faire une idée. Ça se passe ici.

On ne mégotte pas au Migot

C'est avec grand plaisir, et un peu de retard, que je partage cette très belle ascension de l'éperon Migot à l'aiguille du Chardonnet réalisée le samedi 6 octobre avec Aurélien. Pourtant, c'était pas gagné d'avance, à 3h du mat', alors que nous dormions (?), il pleuvait. Réveil à 4h, idem.
Alors du coup, on se recouche.
Re-réveil à 6h, on peut pas dire que ce soit grand beau mais on décide de se préparer tout de même : ça peut peut-être encore passer. On se prend encore quelques averses de pleige (comprendre pluie et neige mêlées) sur la tête pendant l'approche. Mais arrivés à la rimaye, malgré un regel moyen (ça en même temps, si vous avez suivi jusqu'ici, vous vous en doutiez un peu), l'envie est forte et nous nous décidons. Au bilan, une course magnifique qui me donne bien envie d'un autre demi.
Pour les photos, c'est par là...:)

Mont-Blanc de cet été

Cet été, nous avons organisé une semaine d'alpinisme avec des amis (Guillaume et Etienne) et mon frère Vincent. L'objectif était le Mont-Blanc. Nous avons donc commencé par passer 3 jours et 3 nuits au refuge Albert 1er, le temps que j'initie Guillaume et Etienne à la pratique, et Vincent à la conduite d'une cordée.
1er jour: on a vu les bases: marche sur glacier, piolet, progression encordés et nous avons fait en même temps une jolie balade; l'enchaînement de la Tête Blanche, par la pente nord s'il vous plaît avec le sommet de la Petite Fourche.
J2: mauvais temps, nous consacrons la matinée à quelques exercices d'arrêt dans la neige (école de neige improvisée) avant de rentrer nous réfugier à Albert, car dehors il ne fait vraiment pas beau.
J3: pour continuer "à se faire un peu la caisse", nous allons en direction de l'aiguille du Tour. Nous nous arrêtons 50 m sous le sommet car c'est l'embouteillage, pire que sur le périph' un jour de grève. Je préfère que nous descendions rapidement afin de bénéficier de 48h de repos dans la vallée avant d'aller vers notre objectif: le Mont-Blanc
J4: repos.
J5: on comptait dormir à Tête Rousse. Ce sera finalement les Cosmiques car le train du nid d'aigle est arrêté. On prend donc la benne de l'aiguille du Midi.
J6: itinéraire des 3 monts toujours aussi magnifique. Mais la redescente jusqu'au hameau de Bionnassay à pieds (1400 m d'altitude) est éprouvante pour tout le monde. Nous revenons juste avant la nuit, fatigués mais heureux :D
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